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Des vidéos TikTok « tuto piratage » servent à voler identifiants et webcams

Des chercheurs en cybersécurité alertent, à l'été 2026, sur une nouvelle génération de piratages informatiques dopés à l'intelligence artificielle, capables de siphonner discrètement des identifiants, des historiques de navigation, voire un accès aux webcams des victimes, souvent à partir d'un simple clic sur une vidéo TikTok présentée comme un tutoriel gratuit.

Le vecteur d'infection le plus documenté ne ressemble en rien à une attaque de film d'espionnage. Selon des travaux publiés par les équipes de Trend Micro et relayés notamment par Clubic, des vidéos TikTok se faisant passer pour des tutoriels permettant de débloquer gratuitement Spotify Premium, CapCut Pro, Microsoft Office ou encore Windows ont cumulé plusieurs centaines de milliers de vues, certaines dépassant les 500 000 vues et 20 000 mentions « j'aime ». L'utilisateur est invité à copier-coller, dans l'invite de commandes PowerShell de son ordinateur, une ligne de code présentée comme la clé d'activation du logiciel convoité.

En réalité, ce script exécute une série d'opérations furtives : création de dossiers cachés, ajout de ces répertoires à la liste d'exclusion de Microsoft Defender pour échapper à l'antivirus, téléchargement d'un fichier malveillant depuis un serveur distant, puis installation d'une clé de registre garantissant que le programme se relance à chaque démarrage de la machine. Les traces temporaires sont ensuite supprimées pour retarder la détection. Les chercheurs ont identifié deux familles de logiciels malveillants derrière cette campagne, Vidar et StealC, deux « infostealers » — voleurs d'informations — conçus pour fouiller systématiquement le système et exfiltrer identifiants enregistrés, cookies de session, historiques de navigation et documents stockés localement.

Des malwares qui exploitent désormais l'IA générative elle-même

Ce que les chercheurs jugent nouveau n'est pas seulement le canal de diffusion, mais l'intégration croissante de l'intelligence artificielle dans le fonctionnement même des logiciels malveillants. Selon des analyses de Google relayées par plusieurs médias spécialisés, une famille de malware baptisée Promptflux est capable d'interroger l'API du modèle Gemini pour réécrire automatiquement une partie de son propre code source à intervalles réguliers, dans le but de compliquer la tâche des antivirus qui reposent sur la reconnaissance de signatures connues. D'autres chaînes d'attaque combinent la génération de faux profils professionnels et de fausses offres d'emploi sur les réseaux sociaux, produits à l'aide d'outils d'IA générative, pour approcher des cibles avant de leur livrer un logiciel espion.

Sur le plan quantitatif, l'ampleur du phénomène s'est confirmée sur l'ensemble de l'année 2025 : selon des données citées par la société Flashpoint, les campagnes d'infostealers ont contribué au vol de plus de 1,8 milliard d'identifiants provenant de près de 5,8 millions d'appareils infectés. IBM X-Force a de son côté établi un lien entre la hausse des courriels de phishing diffusant ce type de logiciels et le recours croissant, par les attaquants, à des outils d'IA pour automatiser la recherche de cibles, personnaliser les messages et accélérer les itérations de leurs campagnes. Face à cette dynamique, Microsoft a annoncé en juin 2026 avoir coordonné, avec Europol, une opération internationale de démantèlement visant notamment les infrastructures des infostealers Amadey et StealC, utilisés aussi bien pour la fraude financière que comme porte d'entrée vers des attaques par rançongiciel.

Caméras et micros, cibles privilégiées une fois l'accès obtenu

Une fois un ordinateur ou un smartphone compromis, l'activation à distance de la caméra et du microphone reste l'un des objectifs recherchés par certains opérateurs de logiciels espions, à des fins de chantage ou de surveillance. Les spécialistes en cybersécurité rappellent régulièrement que la plupart des attaques de ce type ne relèvent pas d'une prouesse technique inédite, mais de l'exploitation de failles déjà connues ou de la négligence des utilisateurs : mots de passe par défaut jamais changés sur les caméras connectées, systèmes d'exploitation non mis à jour, ou installation de logiciels piratés en dehors des plateformes officielles.

L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) a publié le 4 février 2026, via son centre CERT-FR, un bulletin consacré aux risques posés par l'intelligence artificielle générative face aux attaques informatiques, soulignant la nécessité de sensibiliser administrations et entreprises à ces nouveaux vecteurs. L'agence recommande notamment de limiter les permissions accordées aux applications, de désactiver physiquement ou logiciellement les caméras non utilisées, de segmenter les réseaux domestiques pour isoler les objets connectés, et surtout de ne jamais exécuter de commandes copiées depuis une vidéo ou un forum sans en comprendre précisément l'effet. Une négligence à laquelle l'infection de 14 000 routeurs domestiques par le malware KadNap, révélée début 2026, avait déjà fourni une illustration concrète à grande échelle.

« Les attaquants n'ont plus besoin d'être des experts pour lancer des campagnes efficaces », résument régulièrement les chercheurs en cybersécurité qui suivent l'essor de ces outils dopés à l'IA, pointant la facilité avec laquelle des scripts prêts à l'emploi circulent désormais sur les réseaux sociaux eux-mêmes. Cette porosité entre plateformes grand public et distribution de logiciels malveillants n'est pas un cas isolé : elle rappelle par exemple l'exposition des données de huit millions de Français après une cyberattaque contre la CAF, qui avait souligné combien la protection des données personnelles restait fragile même face à des institutions bien dotées en moyens de sécurité.

Pour les utilisateurs les plus exposés, la vigilance reste la meilleure parade immédiate : vérifier la source d'un logiciel avant de l'installer, ne jamais coller une commande dont on ignore la fonction exacte dans un terminal, et surveiller les autorisations accordées aux applications ayant accès à la caméra ou au microphone. Les autorités françaises invitent également les victimes présumées à signaler tout incident suspect via la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr, qui recense un nombre croissant de signalements liés à des logiciels espions installés via des tutoriels frauduleux partagés sur les réseaux sociaux.

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