Algérie : les pompes à béton, arme inattendue contre les incendies de 6e génération
Face à une vague d'incendies sans précédent touchant le nord de l'Algérie depuis le 8 juillet 2026, des citoyens ont eu l'idée ingénieuse de mobiliser des camions-pompes à béton pour combattre les flammes. Cette méthode innovante, qui permet d'atteindre des zones inaccessibles aux moyens traditionnels, suscite désormais l'intérêt des services d'urgence français confrontés aux incendies dévastateurs de Gironde.
Les images ont fait le tour des réseaux sociaux algériens et internationaux : un imposant camion de chantier, habituellement utilisé pour couler du béton dans les constructions, déploie son long bras articulé au-dessus des arbres en flammes. En quelques secondes, des milliers de litres d'eau sont projetés avec une puissance impressionnante sur le foyer de l'incendie. Le résultat est instantané : les flammes reculent face à cette intervention d'un genre nouveau.
Cette technique, née de l'ingéniosité populaire face à une catastrophe d'ampleur exceptionnelle, illustre la capacité d'adaptation des Algériens confrontés à ce que les autorités qualifient désormais d'« incendies de 6e génération ». Selon Karim Benhasfi, porte-parole de la Protection civile algérienne, ces feux présentent trois caractéristiques redoutables : « Ils sont extrêmement difficiles à maîtriser, dégagent des températures extrêmes et se propagent à une vitesse exceptionnelle ».
Une crise historique aux proportions alarmantes
Les chiffres donnent le vertige. Entre le 8 et le 22 juillet 2026, pas moins de 1 619 incendies ont été recensés à travers le pays, « un chiffre qui n'a pas été enregistré depuis des années », reconnaît le porte-parole de la Protection civile. Parmi ces sinistres, 538 ont ravagé des surfaces forestières tandis que 1 181 ont détruit cultures agricoles, vergers et récoltes de foin. Au plus fort de la crise, jusqu'à 138 nouveaux départs de feu ont été signalés en une seule journée, le 22 juillet, répartis dans 15 provinces différentes.
Le bilan humain s'élève tragiquement à six décès confirmés par le ministère de l'Intérieur. À Seraidi, dans la wilaya d'Annaba, plus de 100 patients ont dû être évacués en urgence d'un hôpital de rééducation, tandis que 150 habitations ont été endommagées par les flammes. Le ministre de l'Intérieur a qualifié la situation de « véritable catastrophe évitée » grâce à l'intervention rapide des secours et des citoyens volontaires.
Face à cette situation critique, les autorités ont déployé un dispositif sans précédent : 20 000 agents de la Protection civile mobilisés, 55 avions et hélicoptères engagés dans les opérations aériennes, dont le puissant Beriev BE-200 et des hélicoptères lourds MI-26 de l'Armée nationale populaire. Au sol, 544 véhicules de première intervention et 42 camions d'approvisionnement en eau sillonnent les zones sinistrées, tandis que 497 tours de guet et 35 drones assurent une surveillance permanente du territoire.
Une innovation qui traverse les frontières
L'idée d'utiliser des pompes à béton pour éteindre les incendies a germé dans l'esprit de jeunes Algériens qui ont encouragé les propriétaires de ces équipements à contribuer aux efforts de lutte. Les caractéristiques techniques de ces engins les rendent particulièrement adaptés à cette mission inattendue : leur bras articulé peut atteindre jusqu'à 62 mètres de hauteur et projeter l'eau avec une pression pouvant atteindre 130 bars, bien supérieure aux lances traditionnelles des pompiers. Cette portée exceptionnelle permet d'accéder à des zones en hauteur ou dissimulées derrière des obstacles, tout en maintenant les intervenants à distance sécuritaire des flammes.
Cette méthode algérienne a rapidement franchi les frontières méditerranéennes. En France, où la Gironde fait face depuis le 22 juillet à des incendies qui ont déjà ravagé plus de 42 000 hectares dans une situation qui « pourrait être pire qu'en 2022 », les services d'urgence départementaux ont lancé un appel aux dons d'équipements auprès des entreprises de construction et de terrassement. Des comptes influents sur les réseaux sociaux ont mis en avant l'approche algérienne, soulignant que « leur forte pression et leur flèche permettent d'atteindre des zones en hauteur ou derrière des obstacles ».
Le président Abdelmadjid Tebboune a salué l'ensemble des acteurs engagés dans cette bataille contre les flammes : « Je salue hautement votre action héroïque pour l'extinction des incendies de forêt, la préservation des vies humaines », a-t-il déclaré, rendant hommage aux « efforts colossaux et titanesques » du personnel de la Protection civile, de l'armée et des citoyens volontaires. Les autorités ont également procédé à l'arrestation de quatre suspects à Constantine pour incendies criminels présumés, passibles de la peine capitale selon la législation algérienne.
Cette crise met en lumière la nécessité d'adapter les méthodes de lutte aux réalités du changement climatique. L'ingéniosité algérienne, qui a su transformer des engins de chantier en armes efficaces contre les flammes, pourrait bien inspirer d'autres pays méditerranéens confrontés chaque été à des incendies de plus en plus dévastateurs et difficiles à maîtriser avec les moyens conventionnels.