Après la capture de Maduro, la loi de la jungle s’installe dans les relations internationales
En annonçant la capture de Nicolás Maduro et de son épouse à la suite d’une opération militaire au Venezuela, Donald Trump a ouvert une brèche vertigineuse dans l’ordre international. Entre stupeur diplomatique et réactions indignées, le monde mesure l’onde de choc d’un acte unilatéral qui ramène dangereusement la planète vers la loi de la jungle.
Devant la presse réunie à Mar-a-Lago ce samedi après-midi, Donald Trump s’est félicité d’« une mission accomplie avec précision et courage », confirmant que Nicolás Maduro avait été « capturé et transféré dans un lieu sûr pour être jugé ». Le président américain a annoncé que le chef d’État vénézuélien serait traduit devant la justice américaine pour « trafic de drogue, corruption et terrorisme d’État ».
« Une opération légitime » selon Trump, un précédent alarmant pour le monde
Le ton triomphant tranche avec la gravité du moment. Plusieurs observateurs notent qu’il s’agit d’un acte inédit depuis l’invasion du Panama en 1989, lorsque les États-Unis avaient arrêté Manuel Noriega. Mais cette fois, la cible n’est pas un dictateur déchu, c’est un chef d’État encore en fonction, dans un pays reconnu par les Nations unies. Un saut dans l’inconnu diplomatique.
À Caracas, la confusion demeure. Les explosions de la nuit ont provoqué des dégâts considérables dans plusieurs quartiers de la capitale. Le gouvernement par intérim dénonce une « agression impérialiste d’une gravité sans précédent » et affirme que Maduro n’a pas été capturé mais « enlevé ». Dans les rues, les partisans du régime ont commencé à se rassembler, redoutant une escalade ou un effondrement du pouvoir central.
Un monde abasourdi, la France dénonce un « dangereux précédent »
La réaction internationale ne s’est pas fait attendre. Le Brésil a qualifié l’opération américaine de « franchissement d’une ligne inacceptable » et a demandé la convocation d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. L’Union européenne, par la voix de Josep Borrell, a exprimé sa « préoccupation extrême » face à ce qu’elle considère comme une « violation du droit international et des principes de souveraineté ».
À Paris, le ministère des Affaires étrangères a réaffirmé « l’attachement de la France à la légalité internationale et au règlement pacifique des différends ». Mais c’est surtout la réaction de Jean-Luc Mélenchon qui a marqué les esprits. Le leader de La France Insoumise a dénoncé sur le réseau X « le retour à la loi de la jungle dans les relations internationales », estimant que « ce geste unilatéral fait peser un risque majeur sur la stabilité du monde ».
Selon lui, « si un État peut désormais capturer le chef d’un autre pays au nom de sa propre justice, alors plus aucune frontière, aucune souveraineté, aucune règle n’a de sens ». Un constat partagé par plusieurs diplomates européens, qui redoutent que cette opération ne crée un précédent juridique irréversible. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a d’ailleurs demandé « l’accès immédiat à M. Maduro et le respect des conventions internationales ».
Les pays du Maghreb suivent la situation avec inquiétude. En Algérie et au Maroc, où les liens diplomatiques avec Caracas se sont intensifiés ces dernières années, plusieurs chancelleries ont souligné les « risques d’un retour à la diplomatie de la force ». Dans une région déjà fragilisée par les tensions énergétiques et les recompositions géopolitiques, l’idée que la puissance militaire puisse se substituer au droit suscite un malaise profond.
Pour de nombreux analystes, c’est désormais l’architecture même du système international qui vacille. La capture de Maduro, au-delà de son aspect spectaculaire, marque le triomphe de l’action unilatérale sur la concertation multilatérale. Le droit cède la place à la force. Et dans cette bascule brutale, c’est tout l’équilibre du monde qui se trouve menacé.
Comme le résume un diplomate européen cité par France 24 : « Si la loi du plus fort redevient la norme, alors la paix n’est plus qu’une parenthèse. »