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Trump et la manne pétrolière : quand la lutte antiterroriste masque l accaparement des ressources

Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a opéré un virage spectaculaire dans la politique étrangère américaine. Sous couvert de lutte contre le narcotrafic et le terrorisme, le 47e président des États-Unis déploie une stratégie d accaparement des ressources naturelles qui rappelle les heures les plus sombres de l impérialisme américain. L intervention militaire au Venezuela, avec la capture de Nicolás Maduro début janvier 2026, en constitue l illustration la plus frappante.

Le 3 janvier 2026, les forces armées américaines ont mené une opération éclair à Caracas, aboutissant à l arrestation du président vénézuélien. Lors de sa conférence de presse à Mar-a-Lago, Trump n a pas cherché à dissimuler ses véritables motivations. Il a déclaré vouloir que les grandes compagnies pétrolières américaines investissent des milliards de dollars pour réparer les infrastructures pétrolières du pays et faire du Venezuela une nation riche.

Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde : environ 303 milliards de barils, soit 17% des réserves mondiales selon l Agence internationale de l énergie. Une manne colossale que Washington entend désormais contrôler directement. Trump a annoncé que les États-Unis dirigeraient le pays jusqu à ce qu une transition sûre et appropriée puisse être garantie, sans préciser de calendrier ni de processus démocratique.

Une doctrine impériale assumée

L intervention au Venezuela s inscrit dans une stratégie plus large. Depuis sa réélection, Trump a multiplié les déclarations sur son intention d annexer le Groenland, de reprendre le contrôle du canal de Panama et même d absorber le Canada. Lors de son discours au Congrès le 4 mars 2025, il a affirmé avoir besoin du Groenland pour la sécurité nationale et être déterminé à l obtenir d une manière ou d une autre.

Ces visées ne relèvent pas du simple effet d annonce. Le Groenland recèle d importantes réserves de minerais rares, dont le lithium et le graphite essentiels à la fabrication des batteries électriques, actuellement dominée par la Chine. Le canal de Panama, quant à lui, représente un verrou stratégique pour le commerce mondial que Pékin cherche également à contrôler.

Les analystes de l Institut Montaigne établissent un parallèle entre Trump et les présidents McKinley et Theodore Roosevelt de la fin du XIXe siècle, figures tutélaires de l impérialisme américain. Le locataire actuel de la Maison Blanche cherche à restaurer cet âge d or caractérisé par l expansion territoriale et la captation des ressources.

Le prétexte sécuritaire comme paravent

Pour justifier l intervention au Venezuela, l administration Trump a invoqué la lutte contre le narcotrafic. Le président a accusé Maduro de superviser personnellement le Cartel de los Soles, responsable selon lui d inonder l Amérique de poison. La présence de gangs vénézuéliens dans certaines villes américaines a également servi de prétexte à cette action militaire contre un État souverain.

Cette rhétorique sécuritaire masque mal les intérêts économiques en jeu. Le représentant démocrate Joaquin Castro a dénoncé le blocus naval imposé au Venezuela comme un acte de guerre que le Congrès n a jamais autorisé. Neuf pays ont officiellement condamné l opération militaire américaine.

L intervention vénézuélienne pourrait préfigurer d autres actions similaires. L Amérique latine, riche en lithium, gaz et ressources agricoles, reste une zone stratégique pour Washington face à la montée en puissance de la Chine dans la région. L Ukraine, dont les ressources minérales font l objet d un accord avec les États-Unis, illustre également cette logique d accumulation par la dépossession selon l expression du géographe David Harvey.

Pour les observateurs, ce début d année 2026 marque un tournant historique. La mondialisation libérale cède la place à une ère de confrontation directe pour le contrôle des ressources. Les comparaisons avec les ambitions territoriales de Vladimir Poutine en Ukraine ou de Xi Jinping sur Taïwan se multiplient. Le Premier ministre danois a rappelé que le Groenland n est pas à vendre. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a affirmé qu il n y avait pas l ombre d une chance qu Ottawa accepte une fusion avec Washington. Mais face à la puissance militaire et économique américaine, ces protestations suffiront-elles à contenir les appétits du nouveau président ?

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