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Essais nucléaires en Algérie : Alger réclame les cartes à Paris

Soixante ans après les derniers essais nucléaires français en Algérie, la question des cartes de contamination refait surface à l'Assemblée nationale. La députée écologiste Sabrina Sebaihi a interpellé la ministre des Armées Catherine Vautrin sur le refus persistant de Paris de transmettre les données essentielles à la décontamination des sites du Sahara algérien.

Dans une question écrite adressée au gouvernement français, Sabrina Sebaihi, vice-présidente du groupe d'amitié France-Algérie, soulève un enjeu crucial : "Les autorités algériennes ont besoin des cartes et plans détaillés relatifs aux déchets enfouis et aux données précises concernant les zones radioactives" pour mener à bien les opérations de sécurisation et de réhabilitation environnementale.

Entre 1960 et 1967, la France a réalisé 17 explosions nucléaires sur le sol algérien, réparties entre les sites de Reggane et In Ekker dans le Sahara. Quatre essais atmosphériques ont eu lieu à Reggane, suivis de 13 essais souterrains à In Ekker. Ces tests ont permis à la France de développer sa force de dissuasion nucléaire, mais ont laissé derrière eux un héritage toxique estimé à une centaine de tonnes de déchets contaminés par la radioactivité.

Face au silence français, l'Algérie a décidé d'agir seule. Le 14 février 2026, les autorités algériennes ont lancé une opération de décontamination dans la région d'In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset, spécifiquement sur le site de Taourirt Tan Afella. Cette initiative fait suite à la déclaration du président Abdelmadjid Tebboune en octobre 2024, qui avait lancé un défi direct à Paris : "Venez nettoyer les sites d'essais nucléaires... vous êtes devenus une puissance nucléaire et vous nous avez laissé des maladies".

L'absence de documentation complique la décontamination

L'absence de cartes et d'archives françaises constitue un obstacle majeur à l'identification précise des zones radioactives. Une évaluation menée en 1999 par l'Agence internationale de l'énergie atomique s'est révélée incomplète, excluant notamment les matériaux contaminés enterrés qui ont été découverts ultérieurement. Les experts algériens travaillent donc à l'aveugle, sans connaître l'emplacement exact des déchets enfouis ni le niveau de contamination des différentes zones.

Cette situation soulève également des questions de santé publique. Les populations locales et les anciens travailleurs des sites continuent de subir les conséquences de ces essais, avec des cas de cancers et de maladies liées à l'exposition radioactive. En avril 2013, une carte classée "secret défense" avait été déclassifiée, révélant l'étendue considérable des zones affectées, s'étendant jusqu'aux régions subsahariennes.

Une question diplomatique sensible

L'intervention de Sabrina Sebaihi à l'Assemblée nationale replace ce dossier au cœur des relations franco-algériennes. La députée écologiste questionne directement les raisons pour lesquelles la France ne transmet pas ces informations vitales, alors que les conséquences environnementales et sanitaires perdurent plus de six décennies après les derniers essais.

Le gouvernement français n'a pas encore répondu officiellement à cette interpellation parlementaire. Catherine Vautrin, ministre des Armées, avait déjà été sollicitée sur la question de l'indemnisation des victimes des essais nucléaires, mais la transmission des données cartographiques constitue un nouveau front dans ce contentieux historique. L'Algérie attend toujours que Paris assume pleinement les responsabilités liées à son passé nucléaire sur le territoire algérien, une attente qui s'inscrit dans le processus plus large de reconnaissance des crimes coloniaux.

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