Mère-fille, la mémoire et l’oubli : la pièce «Doutes» touche au cœur à Martigues
Mardi 3 février 2026, la salle Jacques Prévert de la Maison de la Jeunesse et de la Culture de Martigues affichait presque complet. Une affluence qui en disait long sur l’intérêt du public pour un sujet aussi intime que redouté : la maladie d’Alzheimer. Avec Doutes, l'autrice Malika Fecih propose une plongée sensible dans l’épreuve silencieuse que traversent les familles lorsque la mémoire commence à vaciller et que les repères les plus simples se dérobent.
Au cœur de la pièce, une relation universelle : celle d’une mère et de sa fille. Myriam, la mère, glisse peu à peu dans un territoire incertain où la raison s’effrite et où l’imaginaire vient troubler la frontière du réel. Face à elle, Souad, sa fille, tente de maintenir un lien fragile, armée d’amour, de patience et d’une lucidité parfois douloureuse. Entre elles s’installe un espace troublant où chacun doute : doute de ses souvenirs, doute de ses certitudes, doute parfois même de l’autre.
L’écriture de Malika Fecih frappe par sa justesse. Sans pathos ni démonstration appuyée, elle saisit la maladie à travers les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne : un objet qu’on ne reconnaît plus, une phrase interrompue, un souvenir qui se dérobe. C’est dans ces fissures du banal que se révèle la profondeur du drame humain. La pièce montre combien la perte de mémoire ne touche pas seulement celui qui en souffre, mais redessine toute la géographie affective d’une famille.
Le temps parfois suspendu
La mise en scène de Dominique Sicilia accompagne avec finesse cette exploration intérieure. Jeux d’ombres et de lumières structurent l’espace scénique comme autant de passages entre présence et disparition. La création sonore de Laurent Lecoq et les respirations musicales jalonnent le spectacle, comme des fragments de mémoire qui surgissent, se dissipent, puis reviennent hanter la scène. Le spectateur est ainsi guidé dans un univers où le temps semble parfois suspendu, parfois précipité, à l’image de l’esprit qui vacille.
Sur scène, le trio d’acteurs — Catherine Lecoq, Fanny Roger et Marc Menahem — donne chair à cette traversée fragile. Leur interprétation, à la fois retenue et intense, restitue avec beaucoup de vérité les tensions, les moments de tendresse, mais aussi les instants de vertige qui accompagnent la maladie. Ils incarnent des personnages profondément humains, pris dans ce combat discret contre l’effacement.
Avec Doutes, Malika Fecih et Dominique Sicilia réussissent un pari délicat : aborder une pathologie lourde sans jamais enfermer le spectateur dans la seule gravité du sujet. L’émotion circule, mais elle est portée par la beauté du geste théâtral. La scène devient alors un lieu où l’art éclaire ce que la vie rend parfois indicible : la fragilité de la mémoire, et avec elle, celle de notre propre humanité.
La pièce a été suivie d'un débat où le public a manifesté son vif intérêt pour la maladie et la situation de l'aidant auprès des intervenantes représentantes de France Alzheimer, une psychologue territoriale et l'autrice.