Catalogne : un incendie ravage plus de 2.300 hectares dans les Gavarres
Un violent incendie de forêt, déclenché vendredi à la mi-journée près de La Bisbal d'Empordà, à une vingtaine de kilomètres de la Costa Brava, a dévasté plus de 2.300 hectares de végétation en Catalogne, dans la province de Gérone. Poussées par un fort vent de tramontane, les flammes ont pénétré dans le massif protégé des Gavarres, contraignant les autorités à confiner près de 12.000 habitants et à mobiliser plus de 500 intervenants pour éviter une catastrophe aux portes de Gérone.
Le sinistre s'est propagé à une vitesse fulgurante dès son départ, alimenté par une chaleur écrasante et des rafales soutenues. En quelques heures, le front des flammes a progressé de manière incontrôlée à travers les collines boisées de l'Empordà, menaçant directement plusieurs communes touristiques et des zones résidentielles proches du littoral. Les pompiers de la Generalitat ont rapidement classé l'événement parmi les feux les plus préoccupants de l'été catalan.
Au total, sept à huit bâtiments ont été endommagés ou détruits par le passage du feu, notamment dans les secteurs de Calonge et de Les Cabanyes. La majeure partie de la surface brûlée correspond toutefois à de la masse forestière, un patrimoine naturel précieux qui met des décennies à se régénérer. Les autorités ont ordonné le confinement à domicile des résidents de huit municipalités, dont Calonge i Sant Antoni, Forallac, Llagostera et Santa Cristina d'Aro, tandis qu'environ 150 personnes étaient évacuées de manière préventive à Romanyà de la Selva.
Une lutte acharnée pour sauver le massif des Gavarres
Le massif des Gavarres, espace naturel protégé qui s'étend entre l'Empordà et la région de Gérone, a constitué l'enjeu majeur de la bataille menée par les secours. Les pompiers redoutaient par-dessus tout que la brise marine ne fasse repartir le flanc droit de l'incendie et n'entraîne les flammes vers l'ensemble de cette forêt emblématique, en direction de la capitale provinciale. « Nous devions absolument éviter que le feu ne s'engouffre dans toute la masse forestière des Gavarres », a résumé l'inspecteur des pompiers David Borrell, qui a passé des heures à surveiller ce flanc jugé critique.
Pour venir à bout du brasier, un dispositif imposant a été déployé : environ 475 pompiers, appuyés par une centaine de membres de l'Unité militaire d'urgence (UME) et par une flotte de onze appareils aériens larguant de l'eau sur les zones les plus exposées. Plus de 500 personnes ont ainsi été engagées sur le terrain. Face à la panique de certains habitants, l'inspecteur Borrell a multiplié les appels au calme, mettant en garde contre les auto-évacuations : « C'est lorsque les gens sont à l'intérieur de leur maison qu'ils sont le plus en sécurité », a-t-il insisté, rappelant que la plupart des victimes de feux de forêt en Europe périssent en tentant de fuir.
Une négligence humaine à l'origine du drame
L'enquête, encore à ses débuts, s'oriente vers une origine humaine et accidentelle. Selon les autorités catalanes, l'étincelle proviendrait d'une meuleuse d'angle utilisée de manière imprudente en bordure de la route GI-660, par un ouvrier qui repositionnait un panneau de signalisation. L'usage de ce type de machine était pourtant interdit, le niveau 3 du Plan Alfa de prévention des incendies étant alors activé en raison du risque extrême. Les Mossos d'Esquadra ont interpellé un homme soupçonné d'avoir provoqué le sinistre par imprudence ; il a depuis été remis en liberté mais reste sous le coup d'une enquête pour incendie de forêt. Comme le montrent d'autres affaires en France, les incendies d'origine humaine continuent de mobiliser lourdement les secours.
Ce feu ne constitue par ailleurs pas un cas isolé sur la péninsule ibérique. Dans la province voisine de Huesca, en Aragon, un autre incendie déclaré samedi a contraint les autorités à activer un plan spécial de protection civile et à évacuer les habitants de plusieurs hameaux. Dix-sept zones ont été placées en alerte rouge, le niveau maximal, tandis que les soldats de l'UME étaient à nouveau sollicités. L'Espagne, comme une large partie du sud du continent, affronte en cette période une conjonction dangereuse de sécheresse, de températures extrêmes et de vents forts qui démultiplient le risque de départs de feu.
L'incendie catalan a finalement été stabilisé dans la nuit de samedi, aux alentours de 22 heures, permettant à la Generalitat de lever dimanche le confinement qui pesait sur les huit communes concernées. Le président catalan Salvador Illa a salué le travail des équipes, tout en restant prudent : la région demeure sous l'emprise d'une intense vague de chaleur, avec des températures dépassant par endroits les 42 degrés. L'extinction complète du foyer n'est pas attendue avant la fin de la semaine suivante, et ce nouveau drame illustre la pression croissante que le réchauffement fait peser sur les étés du sud de l'Europe, de l'Italie à l'Espagne.