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Gazoduc transsaharien : l'Algérie lance le chantier du projet à 19 milliards de dollars

L'Algérie a officiellement lancé début juin 2026 la construction de sa section du gazoduc transsaharien, infrastructure majeure de 4 128 kilomètres destinée à transporter 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian vers l'Europe chaque année. Ce projet ambitieux, évalué entre 13 et 19,5 milliards de dollars, marque une étape décisive dans la stratégie énergétique africaine et la diversification des approvisionnements européens.

Les travaux ont débuté le 4 juin dans le sud algérien, en présence des ministres des hydrocarbures d'Algérie, du Nigeria et du Niger. Mohamed Arkab, Ekperikpe Ekpo et Hamadou Tini ont supervisé ensemble le coup d'envoi symbolique de ce chantier pharaonique dans la région d'Adrar. Cette cérémonie intervient après la cinquième réunion du comité de pilotage tripartite organisée deux jours plus tôt à Alger, où les trois pays ont validé le rapport final de l'étude de faisabilité actualisée menée par le cabinet britannique Penspen.

Le gazoduc transsaharien, également connu sous l'acronyme TSGP, partira de la région de Warri au Nigeria pour traverser 1 037 kilomètres de territoire nigérian, puis 841 kilomètres au Niger, avant de parcourir 2 310 kilomètres en territoire algérien jusqu'au hub gazier de Hassi R'Mel. À partir de ce point névralgique, le gaz sera acheminé vers l'Europe via les gazoducs existants TransMed, Maghreb-Europe, Medgaz et Galsi. La capacité de transport annuelle prévue de 30 milliards de mètres cubes permettra d'alimenter significativement les marchés européens et internationaux.

Un projet stratégique né dans les années 1970

L'idée d'un gazoduc transsaharien remonte aux années 1970, mais ce n'est qu'en janvier 2002 que la Société nationale algérienne Sonatrach et la Nigerian National Petroleum Corporation ont signé un protocole d'accord préparatoire. L'accord intergouvernemental officiel a été conclu le 3 juillet 2009 à Abuja entre les ministres de l'énergie des trois pays concernés. Longtemps resté au stade de projet, le TSGP a connu une accélération majeure le 11 février 2025, lorsque l'Algérie, le Nigeria et le Niger ont signé à Alger une série d'accords visant à accélérer concrètement sa réalisation.

Cette relance s'inscrit dans un contexte géopolitique particulier. Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, les pays européens cherchent activement à diversifier leurs sources d'approvisionnement en gaz naturel pour réduire leur dépendance vis-à-vis de Moscou. Le gazoduc transsaharien répond directement à cette préoccupation en offrant une alternative africaine crédible et durable. L'Union européenne manifeste d'ailleurs un intérêt croissant pour ce projet qui pourrait transformer les équilibres énergétiques du continent.

La structure de propriété du projet reflète les enjeux nationaux de chaque partenaire. Sonatrach et la Nigerian National Petroleum Company détiennent conjointement 90 % des parts, tandis que la société nigérienne SONIDEP conserve les 10 % restants. Cette répartition traduit les capacités d'investissement respectives des trois États. D'ailleurs, face aux ressources financières limitées du Niger, l'Algérie s'est engagée à financer intégralement la construction du tronçon traversant son voisin sahélien, démontrant sa détermination à voir aboutir le projet.

Des défis techniques et financiers considérables

Le coût initial du projet, estimé à 10 milliards de dollars lors de son lancement en 2009, a considérablement augmenté au fil des années. Les estimations actuelles varient entre 13 et 19,5 milliards de dollars, reflétant l'ampleur des défis techniques et logistiques. La traversée du Sahara sur plus de 3 000 kilomètres impose des contraintes d'ingénierie majeures : températures extrêmes, tempêtes de sable, instabilité géologique dans certaines zones et nécessité d'acheminer matériaux et équipements dans des régions isolées.

Les trois pays ont multiplié les réunions techniques pour affiner les modalités opérationnelles. L'étude de faisabilité actualisée par Penspen a permis de clarifier la répartition des responsabilités entre nations pour la construction et la gestion des sections traversant leurs territoires respectifs. Les équipes techniques des compagnies nationales Sonatrach, NNPC et SONIDEP coordonnent désormais étroitement leurs efforts pour assurer la cohérence du projet sur toute sa longueur.

Au-delà des aspects purement techniques, le gazoduc transsaharien revêt une dimension géostratégique majeure pour l'Algérie. En positionnant le pays comme hub énergétique continental connectant l'Afrique subsaharienne à l'Europe, Alger renforce son statut d'acteur incontournable du marché gazier méditerranéen. Le projet symbolise également l'intégration économique ouest-africaine, créant une interdépendance énergétique entre trois nations aux trajectoires parfois divergentes. Pour le Nigeria, premier producteur africain de gaz avec des réserves considérables, le TSGP ouvre un débouché commercial majeur vers les marchés européens à forte valeur ajoutée.

Le calendrier de mise en service du gazoduc reste à préciser, mais le lancement effectif des travaux en juin 2026 marque une étape irréversible. Les prochains mois seront décisifs pour confirmer la capacité des trois partenaires à mobiliser les financements nécessaires et à maintenir la dynamique politique malgré les défis sécuritaires dans la région sahélo-saharienne. Si le projet est mené à terme, il transformera durablement la carte énergétique africaine et européenne.

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