Impôts : le paiement par chèque sera impossible dès 2027 pour les particuliers
Le chèque vit ses dernières heures au Trésor public. L'article 126 de la loi de finances pour 2026, actuellement examiné par le Conseil constitutionnel, programme la disparition du paiement par chèque pour régler ses impôts. Les entreprises sont concernées dès la promulgation du texte, les particuliers à compter de l'été 2027. Une transformation majeure qui inquiète les défenseurs des publics les plus fragiles.
La décision est désormais gravée dans le marbre législatif. Après des années de déclin progressif, le chèque ne sera plus accepté par l'administration fiscale pour le règlement des impôts des particuliers à partir de l'été 2027. Pour les professionnels, la mesure entre en vigueur dès la promulgation de la loi de finances 2026, rendant obligatoire le télérèglement via l'espace abonné sur impots.gouv.fr.
La fin du chèque fiscal n'est pas un coup de tonnerre, mais l'aboutissement d'un long processus. Le contrat liant la Direction générale des finances publiques (DGFiP) au prestataire privé Tessi, chargé de l'encaissement physique des chèques, arrive à son terme. Parallèlement, le centre national de traitement de Rennes, dernier site encore en activité après la fermeture de ceux de Lille et Créteil en 2023, cessera ses opérations à l'été 2027. Un document interne de la DGFiP évoque une « fin des encaissements par chèques à horizon 2028 ».
Un moyen de paiement en voie d'extinction
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon la Banque de France, le chèque ne représente plus que moins de 2 % des paiements hors espèces en France, contre 37 % des transactions en 2000 et 11 % en 2015. Du côté du fisc, Bercy indique que 39 millions de chèques ont été encaissés en 2024, soit une chute de 72 % en dix ans. D'ores et déjà, depuis 2019, tout impôt supérieur à 300 euros doit être réglé par voie dématérialisée, sous peine d'une majoration de 0,2 % avec un minimum de 15 euros.
Pour Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques, cette réforme « envoie un signal » clair en direction de la modernisation des services publics. Le virage technologique de l'administration fiscale s'accélère, porté par une volonté de rationalisation des coûts et de simplification des procédures.
PayFip et Wero, les alternatives du fisc
La DGFiP met en avant plusieurs solutions de remplacement. La première est PayFip, un système de virement simplifié accessible depuis PayFip.gouv.fr. Le contribuable se connecte à son espace bancaire personnel via une passerelle sécurisée, et valide un virement préparé automatiquement, sans avoir à saisir de RIB ou d'IBAN. Le dispositif offre également la possibilité de payer en plusieurs fois, une souplesse supérieure à la carte bancaire.
Autre piste en préparation : Wero, la solution de paiement mobile européenne qui se généralise progressivement. Le fisc compte l'intégrer à sa palette de moyens de règlement pour les impôts et amendes. Le prélèvement à la source et le prélèvement automatique restent par ailleurs les options les plus courantes pour l'impôt sur le revenu et les taxes foncières.
Mais cette transition suscite de vives inquiétudes. Sandra Demarcq, porte-parole du syndicat Solidaires Finances publiques, met en garde : « La dématérialisation est adaptée à un public autonome, mais ne peut que pénaliser nos usagers défavorisés, âgés, peu à l'aise avec l'informatique ou n'y ayant pas accès. » Le syndicat qualifie la décision de « brutale et unilatérale, sans étude d'impact ». Il souligne aussi que la suppression du traitement industrialisé des chèques va mécaniquement augmenter le traitement manuel dans des services locaux « déjà sous tension par manque cruel de personnels ».
Des pistes d'accompagnement émergent : formations en mairie, guides simplifiés distribués par La Poste, ateliers dans les résidences seniors. Reste à savoir si ces mesures suffiront à combler la fracture numérique qui préoccupe déjà nombre de Français dans leur rapport aux services publics. Entre modernisation nécessaire et inclusion de tous les contribuables, l'administration fiscale devra trouver le juste équilibre.