Hantavirus : l'Italie place sous surveillance quatre passagers d'un vol KLM
Suite à l'épidémie d'hantavirus des Andes détectée à bord du navire de croisière MV Hondius, le ministère de la Santé italien a annoncé, le 9 mai 2026, la mise sous surveillance de quatre passagers ayant transité en Italie après avoir emprunté le même vol KLM que la passagère néerlandaise décédée de cette infection. Une mesure de précaution maximale, alors que l'OMS maintient un risque qualifié de « faible » pour la population générale.
Depuis début mai 2026, l'alerte sanitaire liée au hantavirus des Andes ne cesse de s'étendre à l'échelle internationale. Au cœur de la crise, le MV Hondius, navire d'expédition de la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, parti d'Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril 2026. Ce bâtiment transportait environ 150 touristes de 23 nationalités différentes, dont cinq Français, lors d'une croisière incluant des escales en Antarctique et aux îles Malouines. Comme le rapportait Mediaterranee, plusieurs cas de contamination ont été rapidement confirmés à bord, causant trois décès parmi les passagers, dont un couple néerlandais et une touriste allemande.
La chaîne de contamination s'est ensuite étendue bien au-delà du navire. Le 25 avril 2026, une passagère néerlandaise de 69 ans, ancienne voyageuse du MV Hondius, a brièvement embarqué à Johannesburg à bord du vol KLM KL592 à destination d'Amsterdam-Schiphol. Son état s'étant rapidement aggravé, l'équipage a décidé de la débarquer avant le décollage. Elle décédait le lendemain, à Johannesburg, des suites de l'infection par le hantavirus des Andes. Une hôtesse de l'air de KLM, originaire de Haarlem et en service sur ce même vol, a depuis été hospitalisée à l'Amsterdam UMC en raison d'une possible contamination, après avoir développé des symptômes modérés. Les autorités néerlandaises ont confirmé l'ouverture d'un traçage des passagers ayant pris les vols KL592 et Airlink concernés par cette séquence.
Quatre régions italiennes mobilisées par mesure de précaution
C'est dans ce contexte de vigilance internationale que l'Italie a pris ses premières mesures proactives. Selon le communiqué publié le 9 mai 2026 par le ministère de la Santé, quatre passagers ayant emprunté ce même vol KLM en correspondance vers Rome résident respectivement en Calabre, en Campanie, en Toscane et en Vénétie. Leurs coordonnées ont été recueillies et transmises aux autorités régionales de santé compétentes, chargées de mettre en place des procédures de surveillance active. « Quatre personnes sont arrivées en Italie à bord du vol KLM en correspondance vers Rome, sur lequel la femme hospitalisée à Johannesburg et décédée là-bas était montée pendant quelques minutes », précise le communiqué du ministère.
Le ministère a également souligné avoir « activé les procédures prévues en matière d'évaluation des risques, de surveillance et de coordination sanitaire, conformément aux protocoles nationaux et internationaux ». Ces quatre personnes ne présentent, à ce stade, aucun symptôme déclaré. La démarche est qualifiée de strictement préventive, visant à garantir une réactivité maximale si des signes cliniques devaient apparaître. Par ailleurs, depuis le 6 mai 2026, un médecin italien membre du personnel sanitaire du MV Hondius se trouve lui aussi hospitalisé, ajoutant une dimension supplémentaire à la mobilisation des autorités transalpines.
Un risque faible selon l'OMS et l'ECDC, mais une vigilance internationale maintenue
Malgré la multiplication des cas à l'échelle internationale, les grands organismes sanitaires s'efforcent de tempérer les inquiétudes. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) s'accordent à considérer le risque « faible pour la population générale au niveau mondial et très faible en Europe », selon les termes repris par le ministère de la Santé italien. Ce positionnement s'explique notamment par les caractéristiques épidémiologiques du virus. La souche dite « des Andes » est certes la seule variante connue du hantavirus pour laquelle une transmission interhumaine a été documentée, mais elle reste associée à des contextes géographiques particuliers, principalement les zones rurales andines d'Argentine et du Chili.
L'OMS avait précédemment averti que d'autres cas pourraient encore être signalés, tout en réaffirmant le caractère limité de la transmission interhumaine dans des conditions normales. Le bilan officiel établi par l'OMS au 9 mai 2026 recense six cas confirmés parmi les passagers du MV Hondius, dont trois décès. Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, s'est lui-même rendu aux îles Canaries pour coordonner l'évacuation du navire, finalement arrivé au port de Ténérife le 10 mai 2026 après plusieurs jours d'attente au large. Les quelque 150 passagers encore à bord devront observer une surveillance médicale de 42 jours, conformément aux recommandations de l'OMS.
La crise du MV Hondius illustre avec acuité la fragilité des dispositifs de contrôle sanitaire à l'ère de la mobilité mondiale. En quelques correspondances aériennes, un foyer infectieux détecté en haute mer s'est transformé en défi de traçabilité pour les autorités sanitaires de plusieurs pays européens. L'épidémiologiste Antoine Flahault a rappelé sur franceinfo qu'il n'était « pas attendu, pour le moment, que ce virus, resté depuis trente ans dans des campagnes rurales, se mette tout d'un coup à exploser ». La prudence reste toutefois de mise. L'Italie, avec ses quatre régions mobilisées, démontre que les protocoles de surveillance internationale peuvent être activés rapidement et efficacement dès lors qu'une alerte transfrontalière est déclarée par les circuits sanitaires mondiaux.