L'avion de Netanyahu survole la Grèce, l'Italie et la France malgré le mandat de la CPI
L'avion officiel du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le « Wing of Zion », a traversé mardi 10 février l'espace aérien de la Grèce, de l'Italie et de la France en route vers les États-Unis, selon les données du site de suivi des vols Flightradar24. Ces trois pays sont pourtant signataires du Statut de Rome et théoriquement tenus de coopérer avec la Cour pénale internationale (CPI), qui a émis un mandat d'arrêt contre Netanyahu le 21 novembre 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité présumés à Gaza.
Le « Wing of Zion » a quitté Israël dimanche matin à destination de la Floride, où Netanyahu doit rencontrer le président américain Donald Trump pour des discussions portant notamment sur l'Iran et les négociations sur la deuxième phase du cessez-le-feu à Gaza. L'appareil a successivement survolé la Grèce au sud d'Athènes, l'Italie puis la France, avant de rejoindre l'océan Atlantique. Aucun de ces trois États n'a fermé son espace aérien au vol israélien.
Ce trajet marque un changement notable dans la stratégie de déplacement du Premier ministre israélien. En septembre 2025, lors de son voyage à l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le « Wing of Zion » avait soigneusement évité l'espace aérien français, allongeant considérablement son trajet. L'avion avait alors contourné la France par le sud, passant par la Sardaigne et Gibraltar, ce qui avait contraint l'équipage à voyager à moitié vide pour économiser le carburant.
Un corridor aérien pour un fugitif de la CPI ?
L'utilisation directe de l'espace aérien grec, italien et français suggère que Netanyahu et son entourage estiment désormais que ces alliés ne prendront pas la mesure extraordinaire d'intercepter l'avion d'un chef d'État en vol. Le spécialiste en droit pénal international Sergey Vasiliev a déclaré au site Middle East Eye : « En autorisant à plusieurs reprises le jet gouvernemental de Netanyahu à traverser leur espace aérien, ces pays n'ont pas seulement créé une exception pour lui, ils maintiennent activement un corridor aérien pour un fugitif de la CPI. »
L'avocat international Johann Soufi a quant à lui critiqué la position française en ces termes : « La justice internationale en paroles, l'impunité dans les actes. » Ces déclarations relancent le débat sur le « deux poids, deux mesures » dans l'application des mandats d'arrêt de la Cour.
En vertu de l'article premier de la Convention de Chicago de 1944, la France dispose d'une souveraineté totale sur son espace aérien, considéré en droit international comme une partie intégrante de son territoire. L'article 86 du Statut de Rome impose par ailleurs aux États parties de coopérer pleinement avec la Cour, y compris pour l'exécution des mandats d'arrêt visant toute personne présente sur leur territoire.
Le précédent mongol et le cas Poutine
En octobre 2024, la CPI avait estimé que la Mongolie, signataire du Statut de Rome, avait failli à ses obligations en n'arrêtant pas le président russe Vladimir Poutine lors de sa visite sur son territoire. Ce précédent pourrait théoriquement s'appliquer aux pays ayant autorisé le survol de Netanyahu. Pour autant, le ministère français des Affaires étrangères avait estimé qu'une « immunité » pouvait s'appliquer concernant « les États non parties à la CPI », Israël n'étant pas signataire du Statut de Rome.
En 2013, plusieurs États de l'Union européenne, dont la France, avaient pourtant interdit au président bolivien Evo Morales de survoler leur territoire, contraignant son avion à un atterrissage d'urgence à Vienne. Une question écrite a d'ailleurs été déposée à l'Assemblée nationale française pour interroger le gouvernement sur les obligations de la France vis-à-vis de la CPI.
L'Espagne, qui s'est engagée à coopérer pleinement avec la CPI, a quant à elle été soigneusement évitée par le « Wing of Zion ». La Turquie, dont le président Erdogan avait salué le mandat d'arrêt, reste également sur la liste des espaces aériens contournés. Netanyahu est attendu à Washington pour une série d'entretiens avec le secrétaire d'État Marco Rubio et le président Trump à Mar-a-Lago, avant un retour prévu en Israël le 13 février.