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Détroit d'Ormuz : la France prépositionne le porte-avions Charles de Gaulle

Le groupe aéronaval français constitué autour du porte-avions Charles de Gaulle a reçu l'ordre de se rapprocher du détroit d'Ormuz, a annoncé le ministère des Armées le 6 mai. Après avoir franchi le canal de Suez puis marqué une escale de plusieurs jours à Djibouti, le navire amiral de la Marine nationale croise désormais en mer d'Arabie, prêt à prendre la tête d'une mission multinationale de sécurisation du trafic maritime dès que les conditions le permettront.

Ce déploiement intervient dans un contexte d'extrême tension au Moyen-Orient. Depuis la fin du mois de février et le déclenchement des hostilités entre les États-Unis et l'Iran, le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est devenu le point névralgique de la crise. Le 4 mai, Washington a lancé l'opération « Projet Liberté », qui succède à « Fureur épique » : il s'agit désormais d'assurer la protection du trafic maritime commercial dans le détroit tout en maintenant le blocus des ports iraniens. Les incidents s'y multiplient, entre destructions de vedettes rapides iraniennes par des hélicoptères américains et attaques contre des navires marchands.

C'est dans ce cadre que Paris a ordonné au groupe aéronaval, également désigné Task Force 473, de se déployer dans le golfe d'Aden. La force navale aligne des moyens considérables : outre le porte-avions et ses quelque 20 Rafale Marine, elle compte trois frégates d'escorte, deux avions de guet aérien Hawkeye et trois hélicoptères. Selon une ministre française, le bâtiment « a passé le canal de Suez, il s'est avancé vers la mer d'Arabie et il est sur zone, mais il n'est pas dans le détroit d'Ormuz ».

Une coalition de plus de quarante nations non belligérantes

L'objectif affiché par Paris n'est pas de participer aux combats, mais de préparer l'après. « Les armées françaises agissent depuis le 28 février dans une posture défensive, et ont travaillé aux côtés des Britanniques avec leurs partenaires à une initiative multinationale, fruit d'une planification ad hoc regroupant plus de quarante nations, visant à contribuer au rétablissement de la navigation dans le détroit d'Ormuz, en coordination avec les États riverains », a expliqué le ministère des Armées. Le rapprochement du groupe aéronaval vise à « réduire les délais de mise en œuvre de cette initiative dès que les circonstances le permettront ».

Dès le 9 mars, depuis Chypre, Emmanuel Macron avait posé les bases de cette mission conduite conjointement avec le Royaume-Uni : « Nous sommes en train de mettre en place une mission purement défensive, purement d'accompagnement, qui a vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit, l'escorte de porte-conteneurs et de tankers, pour rouvrir progressivement le détroit d'Ormuz ». Londres a de son côté annoncé l'envoi du destroyer HMS Dragon au Moyen-Orient. « Notre rôle sera de veiller à ce que nous ne nous contentions pas de parler, mais que nous soyons prêts à agir », a affirmé le ministre britannique de la Défense, John Healey, qui a coprésidé avec son homologue française Catherine Vautrin une réunion consacrée aux contributions militaires de chaque pays partenaire.

Téhéran menace d'une « réponse ferme et immédiate »

Face à ces mouvements navals, la République islamique a haussé le ton. « Tout déploiement et tout stationnement de destroyers extrarégionaux autour du détroit d'Ormuz, sous prétexte de "protection de la navigation", ne sont rien d'autre qu'une escalade de la crise, une militarisation d'une voie d'eau vitale », a mis en garde Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères. Téhéran prévient que la présence de navires français et britanniques « se heurtera à une réponse ferme et immédiate des forces armées de la République islamique d'Iran ».

Les enjeux économiques sont considérables : l'Agence internationale de l'énergie redoute une pénurie de pétrole dès juillet 2026 si le blocage du détroit se prolonge. Depuis l'attaque majeure lancée fin février par Israël et les États-Unis contre l'Iran, aucun accord n'a encore été trouvé entre Washington et Téhéran. Si un retour au calme se confirme, le Charles de Gaulle pourrait accueillir à son bord le commandement du théâtre d'opération et l'état-major multinational. En attendant ce feu vert, l'Élysée assume l'envoi d'un « signal » : montrer que la France est non seulement prête à sécuriser le détroit d'Ormuz, mais qu'elle en est aussi capable.

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