Municipales 2026 à Marseille : le Rassemblement National aux portes du pouvoir
Le premier tour des élections municipales à Marseille, qui s'est tenu le 15 mars 2026, a confirmé les craintes de la gauche et les espoirs de l'extrême droite : le Rassemblement National, incarné par Franck Allisio, arrive pratiquement à égalité avec le maire sortant Benoît Payan. Avec 35,1% des suffrages contre 35,6% pour le maire socialiste, le RN réalise un score historique dans la cité phocéenne et se positionne comme le principal challenger pour conquérir la deuxième ville de France.
Cette performance électorale marque un tournant majeur dans l'histoire politique marseillaise. Jamais l'extrême droite n'avait atteint un tel niveau dans la ville, dépassant largement le précédent record de "près de dix points de plus" que celui établi par Stéphane Ravier en 2014 lors du premier tour des municipales. Ce dernier, figure locale du RN, a d'ailleurs choisi de ne pas se représenter et d'apporter "son soutien sans réserve" à Franck Allisio dès octobre 2025, permettant ainsi une union des forces de l'extrême droite.
Député du Rassemblement National, Franck Allisio a annoncé sa candidature à la mairie de Marseille le 18 juin 2025. Sa campagne a bénéficié d'un contexte favorable, marqué par les divisions au sein de la gauche marseillaise et un climat politique national tendu. Le 21 janvier 2026, Jean-Marc Graffeo, chef de file de Reconquête dans les Bouches-du-Rhône, a également rallié sa candidature, renforçant ainsi le bloc de l'extrême droite locale.
Une quadrangulaire inédite se profile
Le scrutin du 15 mars a également qualifié deux autres candidats pour le second tour prévu le 22 mars : Martine Vassal, présidente LR du département et de la métropole, avec 12,8% des voix, et Sébastien Delogu, député LFI, qui obtient 12,4% des suffrages. Cette configuration à quatre candidats, rarissime dans une ville de cette importance, s'explique par la règle électorale permettant à tout candidat ayant obtenu au moins 10% des suffrages de se maintenir au second tour.
Les sondages réalisés avant le premier tour avaient anticipé cette bataille serrée. Un baromètre OpinionWay créditait Benoît Payan de 36% des intentions de vote contre 34% pour Franck Allisio, tandis qu'un sondage Elabe pour BFMTV donnait des scores légèrement inférieurs avec 31% pour le maire sortant et 29% pour le candidat RN. Les résultats réels se sont finalement révélés encore plus serrés que prévu.
Pour le second tour, les projections demeurent incertaines. En cas de maintien de la quadrangulaire, les instituts de sondage prévoient une possible victoire de Benoît Payan avec environ 40% des voix, devant Franck Allisio qui totaliserait 36%. Toutefois, ces estimations dépendent largement des reports de voix et des éventuels désistements ou alliances entre candidats. Sébastien Delogu a d'ailleurs lancé un appel à un "rassemblement" pour faire barrage au RN.
Un enjeu national pour la France
La bataille de Marseille dépasse largement le cadre local. Comme l'ont souligné plusieurs observateurs politiques, une victoire du RN dans la deuxième ville de France "serait un séisme pour la France" et marquerait une étape historique dans l'ancrage territorial de l'extrême droite. Après avoir remporté des villes moyennes lors de scrutins précédents, le parti de Marine Le Pen n'a jamais réussi à s'implanter durablement dans une métropole de cette envergure.
Le contexte marseillais présente des spécificités qui ont favorisé la percée du RN. La ville fait face à des défis majeurs en matière de sécurité, de logement et de services publics. Le trafic de drogue et les règlements de comptes ont profondément marqué l'opinion publique locale, créant un terreau fertile pour un discours sécuritaire. De plus, les divisions persistantes au sein de la gauche marseillaise, malgré la coalition menée par Benoît Payan, ont fragilisé le camp progressiste.
Le second tour du 22 mars 2026 s'annonce donc comme un moment crucial, non seulement pour l'avenir de Marseille, mais aussi pour la dynamique politique nationale. Tous les regards sont désormais tournés vers la cité phocéenne, où se joue peut-être l'une des batailles les plus importantes de ces élections municipales. Les sept jours qui séparent les deux tours seront décisifs pour déterminer si Marseille basculera dans l'escarcelle du Rassemblement National ou si le maire sortant parviendra à conserver son fauteuil grâce à un front républicain.
Quoi qu'il arrive, ce scrutin marque déjà un tournant historique : le Rassemblement National n'a jamais été aussi proche du pouvoir à Marseille, confirmant sa progression continue dans l'ensemble du pays et son implantation croissante dans les grandes métropoles françaises.