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Marseille Habitat : Amine Kessaci démissionne, ses salariés le soutiennent

Amine Kessaci a annoncé, mardi 15 septembre 2026, qu'il présentait au maire de Marseille sa démission de la présidence de Marseille Habitat, moins de quatre mois après sa prise de fonction. Le conseil d'administration du bailleur social venait de rejeter la candidate qu'il proposait à la direction générale. Dans la foulée, le personnel de l'organisme s'est déclaré « fortement mobilisé » aux côtés de son président, évoquant la possibilité d'un rassemblement à la mairie centrale.

Le militant écologiste, devenu une figure nationale de la lutte contre le narcotrafic, avait pris la tête de Marseille Habitat au printemps 2026. Quatrième adjoint au maire de Marseille chargé de la jeunesse, de la citoyenneté et de l'engagement, il avait été placé à ce poste par Benoît Payan, le bailleur constituant le principal acteur immobilier et technique de la Ville. À 22 ans, sa nomination avait été largement commentée, quelques mois après son ralliement très médiatisé au Printemps marseillais en pleine campagne municipale.

Le point de rupture porte sur la succession de Frédéric Pâris, directeur général révoqué en juillet. Pour le remplacer, Amine Kessaci proposait Sabba Benderradji, ancienne directrice juridique de 13 Habitat, le bailleur social du département des Bouches-du-Rhône alors présidé par Nora Preziosi, proche de Martine Vassal. Les autres membres du conseil d'administration, dont les élus de la majorité municipale Patrick Amico, Nassera Benmarnia, Karim Touche, Josette Furace et Anne-Sophie Sidani, ont rejeté cette proposition.

« J'en tire les conséquences », déclare Amine Kessaci

Le président sortant a acté l'échec devant la presse dès l'issue de la séance. « Malheureusement, le conseil d'administration n'a voté ni pour le remplacement de ce directeur général, ni pour que j'assure les fonctions de président et directeur général » par intérim, a-t-il expliqué. Il a enchaîné : « J'en tire les conséquences et je présenterai dès ce soir au maire de Marseille ma démission de Marseille Habitat. Ce sera le seul à décider s'il accepte ou non cette démission. » La décision finale revient donc à Benoît Payan, qui devra aussi organiser la succession à la tête du bailleur.

Amine Kessaci a défendu le profil qu'il souhaitait installer, soulignant que « cette candidature m'a été présentée par un cabinet de recrutement indépendant qui a mené plus de 89 études sur des candidatures ». L'entourage du maire plaide une tout autre version et juge la décision « incompréhensible ». Selon lui, les élus de la Ville avaient signifié ces derniers jours à l'intéressé leur « impossibilité de valider ce profil au vu du manque d'informations sur le processus de recrutement » et des doutes émis sur la capacité de gestion sereine de cette candidate. Dans le camp du maire, une question domine : « Pourquoi Amine a maintenu ce vote alors qu'il se savait minoritaire ? »

Le personnel du bailleur dénonce des « guerres politiques et d'ego »

Très rapidement après le conseil d'administration, le syndicat CFTC a publié un communiqué affirmant que « le personnel de Marseille Habitat est fortement mobilisé aux côtés de son Président Amine Kessaci ». Le texte évoque un mouvement de revendication « actuellement en discussion » et la possibilité de se rendre en mairie centrale le lendemain matin. Les salariés y expriment leur « très grand ras-le-bol face à des guerres politiques et d'égo » qui, selon eux, fragilisent l'entreprise et ses employés et affectent aussi, collatéralement, les locataires du bailleur.

Cette séquence ouvre un premier désaccord public entre Amine Kessaci et la majorité qui l'a accueilli. Son arrivée sur la liste du maire sortant, lors de l'épisode que nous relations dans notre article sur l'entrée d'Amine Kessaci sur la liste de Benoît Payan, avait été présentée comme un signal fort de la priorité donnée à la lutte contre le trafic de drogue. Le désaveu infligé par ses propres colistiers interroge aujourd'hui la solidité de cette alliance, et la question de son maintien dans la majorité municipale reste posée.

Fondateur de l'association Conscience, Amine Kessaci s'est imposé dans le débat national après l'assassinat de son frère Brahim en 2020. Son engagement contre le narcotrafic l'avait conduit à s'exprimer devant les élus marseillais, une séquence que nous avions racontée lorsqu'il fut accueilli par le conseil municipal à l'Hôtel de Ville. La présidence du bailleur social devait prolonger ce combat sur le terrain du logement, l'élu estimant y disposer de leviers concrets dans les quartiers les plus exposés.

À ce stade, ni la mairie de Marseille ni l'intéressé n'ont détaillé le calendrier de la succession à la présidence de Marseille Habitat. La réponse de Benoît Payan, qui seul peut accepter ou refuser cette démission, est attendue rapidement. Elle déterminera la suite d'une crise ouverte au sein de la majorité, à un moment où les enjeux sécuritaires occupent une place centrale dans le débat politique marseillais.

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