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Pénurie mondiale de puces mémoire : quand l'IA assèche la planète numérique

La planète numérique vit une crise inédite. En 2026, la demande insatiable des géants de l'intelligence artificielle pour des puces mémoire haute performance provoque une pénurie mondiale aux conséquences en cascade. Les prix de la RAM ont explosé de plus de 170 % en un an, les capacités de production sont vendues jusqu'en 2028, et des secteurs entiers – du PC à l'automobile – se retrouvent asphyxiés. Décryptage d'un bouleversement structurel qui redessine l'industrie des semi-conducteurs.

Les spécialistes rivalisent de néologismes pour décrire la situation : « RAMageddon », « RAMpocalypse ». Derrière ces formules chocs se cache une réalité brutale. Selon le cabinet IDC, 70 % des puces mémoire produites dans le monde en 2026 seront absorbées par les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Microsoft, Google, Meta et Amazon ont collectivement porté leurs investissements dans les datacenters de 217 milliards de dollars en 2024 à environ 650 milliards en 2026, une multiplication par trois en deux ans.

Cette course effrénée a un nom technique : la mémoire HBM (High Bandwidth Memory). Empilée verticalement, elle équipe les processeurs graphiques de Nvidia qui font tourner les modèles d'IA les plus avancés. Problème : produire un gigaoctet de HBM consomme trois fois plus de capacité de fabrication qu'un module DRAM classique. « Chaque wafer alloué à une pile HBM pour un GPU Nvidia est un wafer refusé au module LPDDR5X d'un smartphone », résume un analyste de Counterpoint Research.

Une production mondiale déjà vendue

Les trois géants mondiaux de la mémoire – Samsung, SK Hynix et Micron – ont basculé massivement vers la production de puces pour l'IA. SK Hynix, devenu en 2025 l'entreprise la plus rentable de Corée du Sud avec 27,2 milliards d'euros de bénéfice opérationnel, a annoncé que l'intégralité de sa capacité 2026 était « essentiellement vendue ». Micron a confirmé en janvier 2026 avoir écoulé tous ses contrats de mémoire IA pour l'année, ne pouvant satisfaire que les deux tiers de la demande de certains clients.

Le projet Stargate d'OpenAI, annoncé en partenariat avec Samsung et SK Hynix, illustre l'ampleur du phénomène. Selon plusieurs analystes, cette seule initiative pourrait absorber jusqu'à 40 % de la production mondiale de DRAM, soit environ 900 000 wafers par mois. En décembre 2025, Micron a pris la décision radicale de se retirer du marché de la mémoire grand public pour se concentrer exclusivement sur les clients IA et entreprise.

Les conséquences sont immédiates pour les consommateurs. Les prix de la DDR5 ont quadruplé depuis septembre 2025, selon TrendForce. La mémoire représente désormais 20 % du coût matériel d'un ordinateur portable, contre 10 à 18 % un an plus tôt. IDC prévoit un recul du marché mondial des PC de 8,9 % en 2026. Lenovo, Dell, HP, Acer et Asus ont tous averti leurs clients de hausses de prix de 15 à 20 %.

Des répercussions bien au-delà du numérique

L'automobile est particulièrement exposée. UBS qualifie la pénurie de DRAM de « risque clé » pour l'industrie à partir du deuxième trimestre 2026, avec des hausses de prix potentielles dépassant 100 %. Le secteur automobile, qui représente moins de 10 % du marché mondial de la DRAM, dispose d'un faible pouvoir de négociation face aux géants de la tech. Nvidia a lui-même annoncé réduire de 30 à 40 % sa production de GPU gaming au premier semestre 2026, faute de puces GDDR7 suffisantes.

Face à cette situation, certains acteurs se tournent vers la Chine. Le fabricant chinois CXMT (ChangXin Memory Technologies) devrait atteindre 300 000 wafers DRAM par mois en 2026 et représenter près de 15 % de la production mondiale, selon SemiAnalysis. Des constructeurs comme HP et Dell explorent déjà des partenariats avec ce nouvel entrant, au risque d'aggraver les tensions géopolitiques autour des semi-conducteurs.

Le soulagement n'est pas attendu avant 2027, voire 2028. Samsung construit une nouvelle usine P5 à Pyeongtaek, opérationnelle en 2028. SK Hynix investit dans le site M15X, prévu pour mi-2027. Micron a lancé la construction d'une méga-usine à New York, mais sa mise en service n'interviendra qu'en 2030. En attendant, la transition vers le HBM4, dont la production de masse a été avancée à février 2026, promet d'aggraver temporairement les tensions sur l'offre.

Cette crise marque un tournant dans l'histoire de l'industrie des semi-conducteurs. Comme le souligne le cabinet Everstream Analytics, il ne s'agit plus d'un déséquilibre cyclique entre offre et demande, mais d'une « réallocation stratégique permanente de la capacité mondiale en silicium ». L'ère de la mémoire abondante et bon marché semble révolue, au moins à moyen terme. Pour les entreprises comme pour les consommateurs, l'essor de l'intelligence artificielle a un coût bien réel qui se répercute désormais dans chaque appareil électronique du quotidien.

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