La fortune des milliardaires atteint un niveau record en 2025, alerte Oxfam
Jamais les inégalités n’avaient semblé aussi vertigineuses. Dans son rapport annuel publié en janvier 2026, l’ONG Oxfam dénonce une concentration des richesses “hors de contrôle” : la fortune cumulée des plus grandes fortunes mondiales a bondi de 16 % en un an, atteignant un niveau inédit depuis la création du classement.
En 2025, selon le rapport d’Oxfam International, la planète a franchi un cap symbolique : celui des 3 000 milliardaires. Ensemble, ces ultrariches détiennent près de 18 300 milliards de dollars, soit plus que le PIB combiné de la Chine et de l’Inde. Une somme qui donne le vertige. L’organisation, connue pour ses travaux sur la justice économique, y voit le signe d’un système économique en décalage total avec la réalité sociale et écologique mondiale.
« La richesse des milliardaires croît plus vite que l’économie réelle, et leurs gains proviennent souvent des crises qui frappent les autres », souligne Oxfam dans son étude. En dix ans, la fortune de cette élite a doublé, tandis que les revenus des 60 % les plus pauvres ont stagné, voire reculé en termes réels.
Derrière cette explosion des patrimoines se cachent des secteurs spécifiques : la technologie, la finance et l’énergie. Les fondateurs de géants du numérique, comme ceux de Tesla, Amazon ou encore Microsoft, ont profité d’un effet d’aubaine lié à l’intelligence artificielle et aux nouvelles formes d’investissement automatisé. Dans le même temps, les entreprises pétrolières et gazières ont vu leurs profits s’envoler grâce à la volatilité des prix de l’énergie et à la reprise post-Covid.
Les inégalités s’enracinent, les États reculent
Ce nouveau record intervient dans un contexte économique incertain. Tandis que les marchés financiers ont retrouvé un niveau de confiance élevé, les budgets publics, eux, peinent à suivre. Dans de nombreux pays, les politiques de rigueur et la baisse des impôts sur les grandes fortunes ont accentué la fracture sociale.
« Les gouvernements ont laissé s’éroder leur capacité à redistribuer les richesses, en cédant à la pression des lobbies financiers », déplore la directrice exécutive d’Oxfam, Gabriela Bucher. L’organisation plaide pour une taxation exceptionnelle sur les plus grandes fortunes, estimant qu’un prélèvement de 2 % par an sur les patrimoines au-delà du milliard de dollars rapporterait plus de 250 milliards destinés à la lutte contre la pauvreté et le financement de la transition climatique.
Oxfam rappelle qu’en 2025, près de 700 millions de personnes vivaient encore sous le seuil de pauvreté mondiale, pendant que les plus riches accumulaient l’équivalent de 500 millions de dollars par heure. Un contraste saisissant, accentué par les effets du changement climatique : les plus vulnérables paient le prix des catastrophes environnementales, tandis que les plus riches investissent dans des “zones protégées” et des infrastructures résilientes.
Les critiques récurrentes à l’encontre de l’ONG pointent cependant une vision trop univoque des données. Certains économistes défendent que l’essor des milliardaires s’accompagne aussi d’innovations, d’emplois et de croissance. Mais Oxfam insiste : « il ne s’agit pas d’opposer richesse et pauvreté, mais de dénoncer la concentration extrême du pouvoir économique et politique entre quelques mains. »
L’organisation appelle ainsi les États du G20, réunis au printemps prochain à Rome, à imposer un impôt minimum mondial sur la fortune et à renforcer la transparence fiscale.
Alors que la crise du coût de la vie continue de peser sur les classes moyennes et populaires, l’écart entre les promesses politiques et la réalité économique n’a jamais semblé aussi flagrant. Oxfam conclut son rapport sur une formule glaçante : « Les milliardaires ne sont pas le symptôme d’un succès économique, mais celui d’un échec collectif. »