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Menaces sur la ligne européenne Nice-Turin, le point de vue d'une usagère !

A l'heure du développement indispensable d'une mobilité durable, comment est-il possible qu'une ligne ferroviaire européenne soit menacée de Nice (France) à Turin (Italie) ? Usagère de cette ligne, Laurence Sarfati nous explique toute son incompréhension dans un texte adressé à Médiaterranée, texte en forme de point de vue que nous vous publions ici in extenso...

"Cette ligne transfrontalière, entre la France et l'Italie, a deux jambes : une à Nice et une à Vintimille qui se rejoignent à Breil-sur-Roya pour une portion commune en territoire français jusqu'à Tende ; puis, la ligne continue au nord jusqu'à Cuneo-Turin puis Bern.

Image retirée.

Il s'agît d'un joyau architectural sans équivalent ailleurs qui relie plusieurs vallées de chaque coté de la frontière. Sa construction remonte à 1850 et la ligne a été électrifiée jusque pendant la seconde guerre mondiale durant laquelle elle fut détruite par les Allemands, pour l'anecdote, à un mois de la fin du conflit. Pont, gares, viaducs,... cet ensemble représente un patrimoine historique considérable !

En 1979, population et élus se sont mobilisés afin que la reconstruction et les accords d'après-guerre soient respectés et aboutissent. Il fut ainsi décidé qu'il incomberait à l'Italie de payer l'entretien de la ligne et à la France de la faire. Bien entendu, tant d'années après, cette convention devrait être révisée ! Sauf qu'elle ne l'est toujours pas : RFF et RFI, de nos jours, se font la guerre au dessus de la ligne et les habitants, boucs émissaires pris en otage par ces deux organismes, ont vu chaque semestre de moins en moins de trains passer, puis ne plus pouvoir y circuler normalement, car l'entretien n'y est plus fait sur la portion Breil Tende du milieu. Face à cette situation catastrophique, RFF a demandé 27 millions d'euros à l'Italie pour la réalisation des travaux nécessaires, ce qui a été accepté.

Paralysie ferroviaire

À l'heure actuelle, les habitants de cinq vallées françaises et italiennes (Paillon, Bevera, Roya, Vermenagna et Ligurie) sont quasiment paralysés au niveau du transport ferroviaire, avec seulement 2 allers-retours par jour, en lieu et place des 8 à 10 auparavant. Les Régions sont tellement engagées et préoccupées, qu'un GECT (Groupement Européen de Coopération des Territoires) sera mis en place dès la résolution du problème actuel, pour plus d'autonomie en matière de transports. La principauté de Monaco est elle-même particulièrement touchée puisque les personnes qui y travaillent ne peuvent en effet plus y venir en train, alors que la plupart d'entre-elles n'y réside pas.

En effet à l'heure actuelle, il serait moins long de faire Nice-Turin en passant par Lyon, que par Nice ou Vintimille ! Au vu des relations humaines, économiques et sociales de ces deux anciennes capitales, tout cela est proprement surréaliste !

Voir la vidéo du témoignage d'une étudiante usagère de la ligne Nice-Turin :

Pourtant, depuis 3 ans la population est mobilisée, soutenue par les élus locaux et parlementaires. Les associations et le comité franco-italien sont tous unis pour cette ligne et les manifestations ont été nombreuses de Rome à Nice en passant par Turin et tous les villages de la Roya ! Après la dernière manifestation à Nice, ce ne sont pas moins de 282 élus de tous bords (députés, Eurodéputés, sénateurs, maires, conseillers municipaux, conseillers généraux, présidents des 3 régions concernées - PACA, Piémont et Ligurie -, et conseiller régionaux) qui sont mobilisés au côté des associations de défense de la ligne.

Un patrimoine culturel

Des artistes sont aussi engagés dans la défense de cette infrastructure patrimoniale, comme Lou Dalfin et Nux Vomica, qui, sur la coordination de la mairie de Breil, ont signé la lettre écrite par le conseiller régional aux Transports Jean-Yves Petit à l'adresse du secrétaire d’État aux Transports. Dans cette missive, Lou Dalfin et Nux Vomica demandaient le déblocage de cette situation insensée et l'organisation d'une table-ronde avec une délégation de défense de la ligne. Cette délégation sera reçue le 25 novembre à Paris par M. Rapoport, président de RFF. Sous la pression et la mobilisation populaire, un semblant de dialogue a enfin pu voir le jour entre les deux organismes. On l'espère, car il y urgence ! Il serait vraiment temps que les divers désaccords commerciaux entre ces géants de l'aménagement du territoire ne leur fasse pas oublier que les populations ont besoin qu'ils fassent ce pour quoi ils sont payés : faire rouler des trains !"

Pour aller plus loin, voir la page Facebook La Cuneo-Nizza Unisce et le blog Nice-Cuneo-Ventimiglia

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