Sommet indien sur l'IA : Bill Gates se retire, le chaos organisationnel s'installe
Le sommet indien AI Impact Summit, présenté comme le premier grand forum mondial sur l'intelligence artificielle dans les pays du Sud, a viré au fiasco organisationnel cette semaine à New Delhi. Le retrait surprise de Bill Gates, quelques heures seulement avant son discours d'ouverture, a porté un coup supplémentaire à un événement déjà marqué par des cafouillages logistiques en série et la colère croissante des participants.
Bill Gates devait prononcer le discours phare du sommet jeudi 19 février. Mais le cofondateur de Microsoft s'est finalement désisté dans la nuit, après plusieurs jours de tergiversations qui ont laissé les organisateurs dans l'embarras. La Fondation Gates a justifié ce retrait par la volonté de « s'assurer que l'attention reste concentrée sur les priorités essentielles du sommet ». Un euphémisme qui ne trompe personne.
Car derrière cette formule diplomatique se cache une tout autre réalité. Le nom de Bill Gates est apparu fin janvier dans des documents du ministère américain de la Justice liés à l'affaire Jeffrey Epstein. Un brouillon de courriel du financier déchu, rendu public le 30 janvier, évoque des relations extraconjugales du milliardaire. Gates a reconnu « regretter chaque minute » passée avec le criminel sexuel décédé en prison, tout en niant catégoriquement les accusations portées contre lui.
L'épisode a donné lieu à un feuilleton ubuesque. En début de semaine, le nom de Gates avait été retiré de certains supports de communication officiels du sommet. Des sources gouvernementales indiennes avaient même laissé entendre qu'il ne viendrait pas. Pourtant, mercredi encore, la Fondation Gates India publiait sur le réseau social X un message assurant que « Bill Gates participe bien au AI Impact Summit et prononcera son discours comme prévu ». Quelques heures plus tard, tout était annulé. C'est finalement Ankur Vora, responsable des bureaux Afrique et Inde de la fondation, qui a pris la parole à sa place.
Un sommet rattrapé par le chaos logistique
Le retrait de Gates n'est que la partie émergée de l'iceberg. Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, avait lui aussi annulé sa venue quelques jours plus tôt, officiellement pour raisons de santé. Deux absences de poids qui ont terni l'image d'un événement censé démontrer l'ambition de l'Inde dans la course mondiale à l'intelligence artificielle.
Sur le terrain, la situation n'était guère plus reluisante. Des centaines de délégués se sont retrouvés bloqués dans les rues de New Delhi, les autorités ayant fermé de nombreux axes routiers pour faciliter les déplacements des personnalités politiques. Des images partagées sur les réseaux sociaux ont montré des participants contraints de marcher plusieurs kilomètres dans le centre de la capitale indienne, sans service de navettes ni taxis disponibles. Certains délégués se sont retrouvés sans nourriture ni eau pendant un confinement sécuritaire improvisé.
L'événement a aussi été émaillé d'un incident embarrassant. L'université indienne Galgotias a été priée de quitter son stand après qu'un de ses membres a présenté un chien robotisé fabriqué en Chine et disponible dans le commerce comme étant sa propre création. Le tollé sur les réseaux sociaux a été immédiat. Par ailleurs, les halls d'exposition ont été fermés au public jeudi sans préavis, provoquant la colère des entreprises qui avaient installé des stands.
Plus de 200 milliards de dollars d'engagements malgré tout
Malgré ce tableau chaotique, le sommet a tout de même affiché des résultats économiques impressionnants. Plus de 200 milliards de dollars d'investissements dans l'infrastructure IA en Inde ont été annoncés, dont 110 milliards par Reliance Industries et 50 milliards par Microsoft d'ici la fin de la décennie. Le groupe Tata a également signé un partenariat stratégique avec OpenAI.
Le Premier ministre Narendra Modi a pris la parole aux côtés du président français Emmanuel Macron, du PDG de Google Sundar Pichai, de Sam Altman (OpenAI) et de Dario Amodei (Anthropic). Modi a notamment appelé à renforcer la sécurité des enfants sur les plateformes d'intelligence artificielle. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, figurait également parmi les intervenants.
Pour l'Inde, qui ambitionne de se positionner comme la voix des économies émergentes dans la gouvernance mondiale de l'IA, les ratés de ce sommet laissent un goût amer. Si les promesses d'investissement sont bien réelles, les défaillances organisationnelles et les embarrassements diplomatiques risquent de peser durablement sur la crédibilité du pays comme hôte de grands rendez-vous technologiques internationaux.