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Égalité femmes-hommes : la Tunisie chute au 125e rang mais devance le Maghreb

La Tunisie recule de deux places dans le classement mondial de l'égalité entre les femmes et les hommes. Selon le Global Gender Gap Report 2026 publié par le Forum économique mondial (WEF), le pays occupe désormais la 125e position sur 145 économies étudiées, contre la 123e place l'an dernier. Le score du pays s'établit à 0,650 point, en léger repli par rapport aux 0,654 point enregistrés en 2025. Ce chiffre signifie que 65 % de l'écart entre les sexes est aujourd'hui comblé en Tunisie, un niveau qui la place tout de même en tête des pays du Maghreb.

Le rapport du WEF mesure chaque année l'écart entre les femmes et les hommes dans 145 pays, à partir de quatre grands piliers : la participation économique, l'accès à l'éducation, la santé et la survie, ainsi que l'autonomisation politique. Publié depuis 2006, il permet de suivre l'évolution des inégalités de genre sur le long terme et de comparer les efforts des États entre eux.

Sur ce plan historique, la trajectoire tunisienne reste contrastée. Le pays se situait à la 90e place lors de la toute première édition du rapport, en 2006, avec un score de 62,9 %. Vingt ans plus tard, le score a progressé de deux points environ, à 65 %, mais le classement, lui, s'est nettement dégradé, avec une chute de 35 rangs. Ce paradoxe s'explique surtout par la rapidité des progrès accomplis ailleurs dans le monde, qui relègue mécaniquement la Tunisie vers le bas du tableau même lorsque sa situation s'améliore.

Des résultats contrastés selon les domaines

Le détail par catégorie fait apparaître de fortes disparités. En matière d'éducation, la Tunisie affiche un score de 0,974 et se classe 106e mondiale, avec une parité totale, soit un score parfait de 1,0, dans les taux de scolarisation primaire, secondaire et universitaire. Sur ces trois indicateurs précis, le pays se hisse même à la première place mondiale, un résultat qui tranche avec l'image générale du classement.

Le pilier santé et survie affiche également un score solide de 0,968, plaçant le pays au 80e rang, porté par un ratio des naissances entre filles et garçons proche de la parité, à 0,944. C'est du côté économique et politique que le bât blesse. La participation économique des femmes n'obtient qu'un score de 0,519, ce qui vaut à la Tunisie la 131e place mondiale sur ce critère précis. Le taux d'activité féminin reste particulièrement faible, avec un score de seulement 0,411, soit la 138e position, et le revenu professionnel estimé des femmes plafonne à un score de 0,363, 134e rang mondial.

L'autonomisation politique constitue le point le plus faible de la copie tunisienne, avec un score de seulement 0,140 et la 109e place mondiale. C'est aussi le pilier qui a le plus reculé entre 2025 et 2026. La présence des femmes au Parlement reste limitée, avec un score de 0,188, soit la 115e position à l'échelle internationale. Selon le rapport du WEF, ces écarts persistants dans l'accès aux responsabilités économiques et politiques expliquent l'essentiel du retard tunisien, malgré des acquis éducatifs solides.

La Tunisie devant ses voisins du Maghreb

Mise en perspective régionale, la position tunisienne apparaît toutefois moins alarmante. Le Maroc occupe la 139e place mondiale cette année, avec un score de 0,632, en recul de deux rangs malgré une légère progression de son score par rapport à 2025. Le royaume chérifien affiche un taux d'activité féminin de seulement 19,80 %, contre 69,60 % chez les hommes, et un revenu annuel estimé des femmes d'environ 3 330 dollars contre 14 900 dollars pour les hommes.

L'Algérie ferme la marche des trois pays du Maghreb, avec la 141e place mondiale, l'un des scores les plus bas de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Dans cette zone MENA, qui regroupe huit sous-régions évaluées par le WEF, seuls l'Iran et le Yémen font pire que l'Algérie et le Maroc. La région MENA reste d'ailleurs la moins avancée du classement mondial sur la parité, avec seulement 62,5 % de l'écart entre les sexes comblé en moyenne, loin derrière l'Europe de l'Ouest ou l'Amérique du Nord.

Dans ce contexte régional, la Tunisie fait donc figure de bon élève relatif, en tête du trio maghrébin malgré son propre recul. Le pays continue de bénéficier d'un cadre juridique parmi les plus avancés du monde arabe en matière de droits des femmes, hérité notamment du Code du statut personnel promulgué en 1956, qui a aboli la polygamie et instauré le divorce judiciaire. Plusieurs associations locales avaient d'ailleurs mené une levée de boucliers pour la défense des droits des femmes lorsque ces acquis avaient semblé menacés, un débat qui reste vif dans la société civile tunisienne.

Le repli de deux places enregistré cette année relance en tout cas le débat sur la place des femmes dans la vie économique et politique tunisienne. La question dépasse largement le seul terrain juridique : elle touche à l'accès réel des femmes au marché du travail, à l'écart de rémunération avec les hommes et à leur représentation dans les instances de décision. Ce débat n'est pas nouveau dans le pays, où la polémique entre partisans de la complémentarité et défenseurs de l'égalité des sexes a déjà agité l'opinion publique par le passé. Les organisations de défense des droits des femmes appellent régulièrement les autorités à traduire les avancées juridiques en résultats concrets sur le terrain économique, là où le retard tunisien reste le plus marqué selon les données du Forum économique mondial.

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