Hydrogène vert : onze entreprises allemandes prospectent en Algérie et Tunisie
Une délégation de onze entreprises allemandes a entamé le 21 septembre 2026 une mission de prospection en Algérie puis en Tunisie, consacrée à l'hydrogène vert, aux énergies renouvelables et au stockage d'énergie. Organisée par le ministère fédéral allemand de l'Économie et de l'Énergie dans le cadre de l'Exportinitiative Energie, avec l'appui des chambres de commerce germano-algérienne et germano-tunisienne, la tournée doit se poursuivre jusqu'au 25 septembre. Elle traduit l'intérêt croissant de Berlin pour le potentiel du Maghreb en matière d'énergies propres, alors que l'Allemagne cherche à sécuriser de nouvelles sources d'approvisionnement en hydrogène pour son industrie.
La mission a débuté à Alger, première étape du parcours, avec un Business Breakfast réunissant responsables gouvernementaux, entreprises énergétiques, institutions financières et représentants du secteur de la recherche. Selon les informations rapportées par La Presse de Tunisie, ce format de rencontre vise à permettre aux industriels allemands d'identifier rapidement des projets concrets et des partenaires potentiels sur place. La délégation doit ensuite se rendre à Tunis, où un second Business Breakfast est programmé le 23 septembre.
Un corridor stratégique vers l'Europe
Le déplacement s'inscrit dans la logique du corridor SoutH2, un projet d'infrastructure destiné à acheminer l'hydrogène vert produit en Afrique du Nord vers les marchés européens, via l'Italie puis l'Autriche jusqu'en Allemagne. Ce corridor doit s'appuyer en partie sur la reconversion de gazoducs existants, dont le tracé du partenariat énergétique entre l'Italie et l'Algérie constitue déjà un jalon. En Algérie, le projet de conversion du pipeline TransMed, qui relie historiquement le pays à l'Italie via la Tunisie, occupe une place centrale dans les discussions engagées par la délégation allemande.
Le potentiel algérien affiché est important : les autorités visent une capacité d'électrolyse de 2,5 gigawatts à l'horizon 2030, avec une montée en puissance prévue jusqu'à 7 gigawatts d'ici 2040. Ces objectifs s'inscrivent dans une stratégie plus large de diversification énergétique du pays, qui cherche à valoriser son fort potentiel solaire et éolien au-delà des seuls hydrocarbures. La mission allemande cible plusieurs segments de la chaîne de valeur : l'électrolyse elle-même, mais aussi le traitement et le dessalement de l'eau nécessaires au procédé, le stockage, la compression, les équipements industriels, ainsi que les études de faisabilité et la certification des projets.
La Tunisie mise sur son Hydrogen Backbone
Côté tunisien, la mission doit permettre d'avancer sur le projet de Tunisian Hydrogen Backbone, une infrastructure de transport dédiée qui doit connecter les futurs sites de production du pays au réseau européen. Le pays mise sur sa proximité géographique avec l'Italie et sur l'existence d'infrastructures gazières déjà en place pour accélérer le développement de sa filière hydrogène. Selon le site Managers, plusieurs acteurs industriels allemands voient dans la Tunisie un point d'entrée complémentaire à l'Algérie pour sécuriser leurs approvisionnements futurs.
Cette double étape traduit une approche régionale plutôt que strictement bilatérale de la part de Berlin. Les deux pays du Maghreb, engagés depuis plusieurs années dans des réformes de leur secteur énergétique, apparaissent comme des maillons complémentaires d'une même chaîne d'approvisionnement future vers l'Europe. Le choix de faire se succéder Alger et Tunis dans un même déplacement illustre cette logique de corridor, plutôt que de partenariats isolés pays par pays.
Pour l'Allemagne, cette prospection s'inscrit dans une stratégie nationale de diversification énergétique engagée depuis la crise du gaz russe. Berlin cherche à multiplier les partenariats d'approvisionnement en hydrogène propre, condition jugée nécessaire pour décarboner son industrie lourde, en particulier la sidérurgie et la chimie. La Presse de Tunisie souligne que les rencontres organisées lors de cette mission doivent aussi favoriser la constitution de consortiums associant entreprises allemandes et acteurs locaux, une formule déjà testée dans d'autres pays partenaires de l'Exportinitiative Energie.
Les prochains jours devraient permettre de préciser les contours de ces futurs partenariats, notamment sur les volumes envisagés et les calendriers de mise en œuvre. Si les objectifs affichés restent ambitieux, la concrétisation de ces investissements dépendra largement de la capacité des deux pays à finaliser les cadres réglementaires et les infrastructures nécessaires, un chantier qui s'inscrit dans la continuité du virage énergétique amorcé par l'Algérie ces dernières années.