Tunisie : treize arrestations après la marche pour la flottille Al-Soumoud
Treize personnes, dont un mineur, ont été interpellées dans la nuit de dimanche à lundi à Tunis au lendemain d'une marche organisée le samedi 19 septembre 2026 pour réclamer la libération des quatre militants tunisiens de la flottille Al-Soumoud incarcérés depuis mars, plusieurs d'entre eux en grève de la faim. Les personnes arrêtées ont été placées en garde à vue, provoquant un tollé chez les organisations de la société civile, qui exigent leur remise en liberté immédiate.
La mobilisation du 19 septembre avait rassemblé plusieurs centaines de manifestants devant le siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), à l'appel d'une coalition inédite d'organisations : l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), l'Ordre national des avocats de Tunisie (Onat), la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme (LTDH), le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux ainsi que l'Association tunisienne des femmes démocrates. Les slogans scandés réclamaient la libération immédiate de quatre membres de la coordination tunisienne de la flottille Al-Soumoud pour Gaza : Wael Naouar, Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Chennoufi.
Ces quatre hommes sont détenus à la prison de la Mornaguia depuis le 6 mars 2026, après leur participation à cette flottille internationale de solidarité avec la bande de Gaza. Le juge d'instruction du Pôle judiciaire économique et financier a décidé, la semaine précédant la marche, de prolonger leur détention provisoire de quatre mois supplémentaires. Trois d'entre eux observaient alors une grève de la faim depuis huit jours, tandis que Wael Naouar la poursuivait depuis trente-trois jours, une situation jugée critique par ses proches et par plusieurs médecins consultés par les organisations de défense des droits humains.
Une vague d'arrestations dans la nuit
Selon la coordination de défense des militants de la flottille Al-Soumoud, treize personnes ont été interpellées dans la nuit de dimanche à lundi, certaines directement dans la rue, d'autres à leur domicile. Parmi les personnes citées figurent Adam Mbarek, Ghaith Hamrouni, Kais Bouzouiza, Souhail Chebbi, Thouraya Chtiba, Marouen Bedhiafi, Rachid Othmani, Meriem Halfawi et Adel Ben Ghazi. Un mineur figure parmi les personnes arrêtées, une circonstance qui a particulièrement choqué les avocats mobilisés sur le dossier. Une famille entière aurait également été interpellée à son domicile ; deux de ses membres ont depuis été relâchés.
D'après des sources proches du dossier, les personnes interpellées seraient poursuivies pour des faits qualifiés d'« atteinte aux symboles et institutions de l'État », une accusation que la défense conteste vivement. Les avocats affirment ne pas avoir été informés des charges précises retenues contre leurs clients au moment de leur garde à vue, une situation qu'ils dénoncent comme contraire aux garanties procédurales élémentaires. Plusieurs d'entre eux ont passé la nuit à tenter, sans succès immédiat, de localiser les personnes détenues dans les différents commissariats de la capitale.
Un communiqué commun pour exiger la libération
Face à cette vague d'arrestations, l'UGTT, l'Onat et la LTDH ont publié un communiqué conjoint dès le lundi matin. Les trois organisations y rappellent que « la liberté d'expression, de réunion et de manifestation pacifique constituent des principes fondamentaux » qui ne sauraient justifier des poursuites judiciaires. Elles exigent la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées et appellent les autorités à cesser toute restriction visant les rassemblements pacifiques.
Le texte du communiqué insiste également sur le sort des quatre détenus de la flottille Al-Soumoud, dont l'état de santé continue de se dégrader du fait de la grève de la faim prolongée de certains d'entre eux. Les trois organisations signataires demandent aux autorités judiciaires de réexaminer sans délai les mandats de dépôt et de garantir aux détenus un accès effectif à des soins médicaux indépendants. Elles rappellent enfin que cette mobilisation s'inscrit dans un mouvement plus large de solidarité avec la cause palestinienne, largement partagé au sein de la société tunisienne.
Au-delà des trois organisations signataires, d'autres voix se sont jointes aux appels à la libération, notamment des figures de l'opposition et des militants politiques. L'avocat et militant Ayachi Hammami, lui-même détenu, avait entamé dès le 18 septembre une grève de la faim en signe de solidarité avec Wael Naouar, geste largement relayé par les organisateurs de la marche comme symbole de la détermination du mouvement de soutien.
À ce stade, aucune réaction officielle n'a été communiquée par le ministère de l'Intérieur ni par le parquet au sujet des interpellations de la nuit du 20 au 21 septembre. Les familles des personnes en garde à vue, réunies devant plusieurs postes de police de la capitale, réclament des informations sur le lieu de détention de leurs proches et la présence effective d'un avocat lors des interrogatoires, comme le prévoit la loi tunisienne en matière de garde à vue. La coordination de défense a annoncé qu'elle tiendrait une conférence de presse dans les prochains jours pour faire le point sur la situation judiciaire des personnes arrêtées et sur l'état de santé des détenus de la flottille Al-Soumoud toujours emprisonnés à la Mornaguia.
Cette séquence intervient dans un climat de tensions croissantes autour du droit de manifester en Tunisie, plusieurs organisations de défense des droits humains ayant déjà alerté ces derniers mois sur un resserrement de l'espace civique. Le sort réservé aux personnes arrêtées après la marche du 19 septembre sera scruté de près, tant par les organisations tunisiennes que par des observateurs internationaux suivant le dossier de la flottille Al-Soumoud depuis plusieurs mois.