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Iran : entre crise économique et résilience, l'analyse d'une sociologue

Invitée de la chaîne Omerta, la sociologue Amélie Myriam Chelly livre une analyse nuancée de la situation iranienne. Spécialiste du monde musulman contemporain, elle décrypte les ressorts des manifestations qui secouent le pays depuis décembre 2025 et remet en question l'image d'un Iran totalement isolé sur la scène internationale.

Les manifestations qui ont éclaté le 28 décembre 2025 trouvent leur origine dans une crise économique profonde. « Cette fois-ci, les élans protestataires ont une origine économique liée à la dévaluation de la monnaie et à l'inflation », explique la chercheuse associée au CADIS (EHESS-CNRS). L'effondrement du rial, qui a atteint des niveaux historiques face au dollar et à l'euro, a précipité des milliers d'Iraniens dans la rue.

Mais selon Amélie Myriam Chelly, ces mouvements s'inscrivent dans une longue tradition contestataire. « Depuis la fin des années 80, vous avez toujours eu des vagues protestataires », rappelle-t-elle. La nouveauté réside dans l'élargissement du mouvement à toutes les classes sociales et tranches d'âge, contrairement aux manifestations de 2009 qui mobilisaient principalement la jeunesse aisée.

Un régime aux abois face à une population déterminée

La répression brutale exercée par les autorités iraniennes ne semble plus suffire à étouffer la contestation. « On est vraiment arrivé à un point où le jusqu'au-boutisme caractérise les deux côtés », observe la sociologue. Le régime dispose pourtant d'un appareil sécuritaire redoutable : deux armées parallèles, l'armée régulière et les Gardiens de la révolution (Sepah), mises en concurrence pour prévenir tout coup d'État.

Cette asymétrie des forces explique le dilemme des manifestants. « La population se rend bien compte que c'est peut-être l'intervention extérieure qui reste la seule option », analyse Amélie Myriam Chelly, tout en soulignant que les Iraniens demeurent majoritairement opposés à toute ingérence étrangère. Ils manifestent avant tout pour améliorer leur vie en Iran et pouvoir fonder des foyers, dans un pays où le taux de natalité est tombé en dessous de celui de la France.

La question de l'isolement international

Contrairement aux idées reçues, l'Iran n'est pas un pays isolé, selon l'experte. Cette affirmation invite à repenser les analyses géopolitiques qui présentent Téhéran comme un acteur marginalisé. Les réseaux d'alliances tissés par la République islamique, notamment au Proche-Orient, témoignent d'une capacité d'influence qui perdure malgré les sanctions internationales.

La diversité des postures au sein de la société iranienne, longtemps perçue comme un frein aux mouvements contestataires, pourrait paradoxalement devenir un atout. L'unification progressive des revendications économiques, politiques et sociétales dessine les contours d'une opposition plus structurée, même si le chemin vers un changement de régime reste semé d'obstacles.

Cette analyse, diffusée sur la chaîne YouTube Omerta, offre un éclairage précieux sur les dynamiques internes d'un pays au cœur des tensions régionales. Les manifestations récentes en Iran continuent de faire l'objet d'une répression sévère, tandis que la communauté internationale observe avec attention l'évolution de la situation.

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