Sri Lanka : la semaine de quatre jours imposée pour économiser le carburant
Face à la flambée des prix du pétrole et aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le Sri Lanka a pris une décision radicale : instaurer une semaine de travail de quatre jours et rationner le carburant. Une mesure inédite qui illustre la vulnérabilité des économies dépendantes des importations d'hydrocarbures.
Depuis le 18 mars 2026, le mercredi est devenu jour chômé pour les administrations publiques, les écoles et les universités sri-lankaises. Cette annonce du Commissaire général aux services essentiels, Prabath Chandrakeerthi, vise à réduire drastiquement la consommation d'énergie liée aux déplacements quotidiens.
« Nous devons nous préparer au pire tout en espérant le meilleur », a déclaré le président Anura Kumara Dissanayake lors d'une réunion d'urgence avec les hauts responsables du pays. Les réserves de carburant du Sri Lanka ne suffiraient que pour six semaines environ.
Un rationnement strict du carburant
En parallèle, les autorités ont mis en place un système de rationnement numérique via un code QR. Concrètement, les automobilistes sont limités à 15 litres par semaine, contre seulement 5 litres pour les motocyclistes. Les transports publics bénéficient d'une allocation de 200 litres hebdomadaires.
Le Sri Lanka, qui importe la totalité de ses besoins en pétrole, se retrouve particulièrement exposé aux perturbations du détroit d'Ormuz, par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial. Deux navires chargés de 90 000 tonnes de pétrole brut seraient actuellement bloqués dans la région du Golfe en raison des combats.
Cette crise s'inscrit dans un contexte difficile pour l'île, qui se remet à peine de la grave crise financière de 2022. Le gouvernement a approuvé des achats d'urgence sur le marché spot et négocie activement avec l'Inde et la Russie pour sécuriser des approvisionnements.
Une onde de choc dans toute l'Asie
Le Sri Lanka n'est pas un cas isolé. Plusieurs pays asiatiques, dépendants à 80-90 % du pétrole transitant par le détroit d'Ormuz, ont adopté des mesures d'urgence similaires. La crise énergétique mondiale contraint les gouvernements à l'action.
Au Bangladesh, où l'armée a été déployée pour maintenir l'ordre dans les stations-service, le plein est limité à deux litres pour les deux-roues. Une bagarre entre automobilistes a même fait un mort. Aux Philippines, la semaine de travail des fonctionnaires passe également à quatre jours, avec une réduction imposée de 10 à 20 % de la consommation énergétique dans les organismes publics.
La Thaïlande a rendu le télétravail obligatoire pour ses agents publics et plafonné le prix du diesel. Le Vietnam a supprimé les droits de douane sur les importations de carburant après une hausse de 20 % des prix en dix jours. La Birmanie impose quant à elle des restrictions de circulation basées sur la parité des plaques d'immatriculation.
Ces mesures témoignent de l'extrême vulnérabilité des économies asiatiques face aux tensions géopolitiques. Dans un contexte de conflit qui semble s'inscrire dans la durée, d'autres pays, y compris en Europe, pourraient être amenés à envisager des mesures similaires. Le baril de pétrole a déjà atteint 115 dollars, un niveau inédit depuis 2022.