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Kamel Daoud condamné à 3 ans de prison pour son roman «Houris» en Algérie

L'écrivain franco-algérien Kamel Daoud, lauréat du prix Goncourt 2024 pour son roman «Houris», a annoncé le 22 avril 2026 avoir été condamné par la justice algérienne à trois ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de dinars. Le procès s'est tenu le 7 avril et le jugement a été rendu le 21 avril. L'auteur a lui-même communiqué la nouvelle via le réseau social X.

Dans son message publié sur X, Kamel Daoud a indiqué que la condamnation s'appuyait sur les dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, texte adopté en Algérie en 2005, et a qualifié la décision de « fait unique dans l'histoire algérienne ». Né en 1970 à Mostaganem, l'écrivain vit en France depuis plusieurs années. Journaliste et chroniqueur de formation, il collabore notamment au magazine Le Point et est l'un des auteurs algériens les plus connus à l'international.

Le roman «Houris», publié en 2024 aux éditions Gallimard, se déroule dans le contexte de la décennie de violence qu'a connue l'Algérie dans les années 1990. L'ouvrage donne la voix à une jeune femme survivante dont la vie a été marquée par cette période. Couronné par le prix Goncourt en novembre 2024, le roman n'a pas été commercialisé en Algérie depuis sa publication. C'est la première fois qu'une décision judiciaire est rendue en lien direct avec le contenu de ce livre.

Le cadre juridique et les faits reprochés

La Charte pour la paix et la réconciliation nationale a été adoptée par référendum en 2005. Ce texte définit un cadre légal relatif à l'évocation publique de la période de violence des années 1990, avec l'objectif de favoriser la réconciliation nationale. La condamnation de Kamel Daoud est prononcée sur la base de ce dispositif légal, la justice algérienne estimant que le roman contrevient à ses dispositions en rapport avec l'évocation de cette décennie.

L'affaire comporte également une autre dimension. Une femme, Saâda Arbane, survivante de la période de violence des années 1990, a déposé une plainte contre l'écrivain. Elle l'accusait d'avoir utilisé des éléments de son histoire personnelle, partagés dans un cadre thérapeutique, comme source d'inspiration pour le roman, sans son consentement. Ces poursuites, portant sur une violation présumée de l'intimité, avaient été déposées tant en Algérie qu'en France. Cette question de la source d'inspiration du roman avait déjà suscité une vive controverse dès novembre 2024.

En mai 2025, la presse française avait rapporté que la justice algérienne avait émis deux mandats d'arrêt internationaux à l'encontre de Kamel Daoud. Ces éléments s'inscrivaient dans la même procédure judiciaire. La condamnation rendue le 21 avril 2026 constitue l'aboutissement de ce processus judiciaire entamé depuis la parution du roman.

Le parcours de Kamel Daoud et ses précédentes affaires judiciaires

Kamel Daoud n'en est pas à sa première confrontation avec des poursuites en lien avec ses écrits. En 2014, il avait été au centre d'une vive polémique en Algérie après des prises de position dans ses chroniques, qui avaient entraîné un mouvement de solidarité autour de sa personne. L'écrivain avait surmonté cet épisode et poursuivi son travail littéraire et journalistique, jusqu'à la consécration du Goncourt en 2024.

Depuis l'annonce de la condamnation, plusieurs organisations littéraires et de défense des auteurs ont fait part de leur préoccupation concernant la situation de l'écrivain. Kamel Daoud, qui réside en France et détient la nationalité française, n'est pas présent en Algérie. Il n'est pas précisé à ce stade s'il compte faire appel de la décision ou engager d'autres recours juridiques. Son entourage n'a pas encore publié de déclaration détaillée sur les suites envisagées.

Le roman «Houris» reste disponible en France et dans l'ensemble des pays francophones où il a été distribué. Il continue d'être lu et étudié dans les milieux littéraires, notamment depuis l'attribution du prix Goncourt. La décision judiciaire algérienne n'a pas d'effet sur sa diffusion en dehors du territoire algérien. Cette affaire sera suivie de près par les milieux littéraires et juridiques dans les semaines à venir, dans l'attente d'une éventuelle réaction officielle des autorités françaises ou d'une décision de Kamel Daoud de faire appel.

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