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GenIAl.intradef : comment le ministère des Armées a bâti son propre ChatGPT

Alors que les géants américains de l'intelligence artificielle dominent le marché mondial, le ministère des Armées a choisi de tracer sa propre voie. Avec GenIAl.intradef, un assistant conversationnel souverain déployé progressivement depuis décembre 2024, la défense française affirme son indépendance technologique. En parallèle, un accord-cadre signé avec Mistral AI en janvier 2026 renforce cette stratégie d'IA militaire « made in France ».

Le nom sonne comme un jeu de mots, mais le projet est d'une ambition redoutable. GenIAl.intradef, contraction de « génératif », « IA » et « intradef » (l'intranet de la défense), est le fruit de plusieurs années de développement. Lancé en 2022 sous l'impulsion du Centre d'expertise données et IA (CEDIA), il a mobilisé une constellation d'acteurs : le Secrétariat général pour l'administration, l'État-Major des Armées, la Direction générale de l'armement (DGA), la Direction générale du numérique (DGNUM) et l'Agence du numérique de défense.

Concrètement, l'outil propose cinq fonctionnalités : un agent conversationnel capable de rédiger des textes et de répondre à des questions, un synthétiseur qui extrait les informations essentielles d'un document, un traducteur, un module de retranscription audio et un système de reconnaissance optique de caractères. Le tout fonctionne sur l'infrastructure cloud souveraine C1DR, via la plateforme Artemis.IA, sans aucune connexion à Internet. « L'agent reste le seul décideur », insiste Guillaume Vimont, directeur du CEDIA, rappelant que l'IA n'est qu'un outil d'aide, jamais un substitut au jugement humain.

Un supercalculateur classifié au Mont-Valérien

Pour alimenter cette ambition, le ministère s'est doté d'une infrastructure de pointe. Un supercalculateur classifié, confié au groupement Hewlett Packard Enterprise et Orange, a été installé au Mont-Valérien, à Suresnes. Il s'agit de la plus importante capacité de calcul classifiée dédiée à l'intelligence artificielle en Europe. La machine n'est pas connectée au réseau mondial et sa maintenance est assurée exclusivement par des citoyens français habilités au secret de la défense nationale.

L'Agence ministérielle de l'intelligence artificielle de défense (AMIAD) orchestre l'ensemble de cette montée en puissance. Créée avec 60 agents, elle en emploie aujourd'hui environ 200 et vise un effectif de 300 personnes d'ici fin 2026. Ses équipes sont réparties entre l'École Polytechnique de Palaiseau, qui héberge 30 chercheurs, et le site de Bruz, en Ille-et-Vilaine, où travaille le personnel technique.

Mistral AI entre dans la boucle

En janvier 2026, le ministère a franchi une étape supplémentaire en signant un accord-cadre avec Mistral AI, la pépite française de l'IA générative valorisée à 13,6 milliards de dollars. Ce contrat permet aux forces armées, à plusieurs directions du ministère et à des organismes associés comme le CEA, l'ONERA ou le SHOM d'utiliser les modèles et services développés par la start-up parisienne. Une complémentarité assumée : GenIAl.intradef pour les usages classifiés les plus sensibles, Mistral AI pour des applications plus larges nécessitant des modèles de pointe.

Ce partenariat s'inscrit dans une dynamique européenne. En novembre 2025, la France et l'Allemagne ont annoncé une collaboration avec SAP et Mistral AI pour équiper leurs administrations d'une infrastructure d'IA souveraine, avec un accord contraignant attendu d'ici la mi-2026. L'enjeu dépasse le cadre militaire : il s'agit de bâtir une alternative crédible aux solutions américaines et chinoises qui, à l'image de DeepSeek, soulèvent des préoccupations en matière de souveraineté et de sécurité des données.

Avec GenIAl.intradef et le renfort de Mistral AI, la France se positionne ainsi en pionnière d'une défense augmentée par l'intelligence artificielle, sans sacrifier son indépendance stratégique. Un modèle que d'autres nations européennes observent déjà avec intérêt.

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