Les exportations de GNL algérien vers l'Europe bondissent de 29 %
Les exportations algériennes de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l'Europe ont connu une accélération spectaculaire au début du mois de mars 2026. Selon les données de l'Unité de recherche sur l'énergie, basée à Washington, les livraisons ont bondi de 29 % en une semaine, passant de 201 000 tonnes à 261 000 tonnes. Cette progression intervient dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui perturbent les flux énergétiques mondiaux.
Sur les deux premières semaines de mars, les exportations algériennes de GNL ont atteint 462 000 tonnes, soit une hausse de 74 % par rapport aux 265 000 tonnes enregistrées durant la même période en février. Comparées à mars 2025, les livraisons affichent une progression de 56 %. Cette dynamique témoigne de la capacité de l'Algérie à répondre rapidement à une demande européenne en forte croissance.
Les tensions militaires déclenchées fin février 2026 autour de l'Iran ont bouleversé les flux énergétiques dans le Golfe. Le ralentissement du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour les exportations de GNL du Qatar et des Émirats arabes unis, a poussé les acheteurs européens à se tourner vers des fournisseurs alternatifs.
La France et l'Espagne renforcent leurs achats
Parmi les principaux bénéficiaires de cette réorientation, la France a considérablement augmenté ses importations. Les volumes reçus sont passés de 65 000 tonnes lors de la première semaine de mars à plus de 108 000 tonnes la semaine suivante. La Turquie a maintenu un niveau soutenu avec 136 000 tonnes sur la période, tandis que la Croatie a réceptionné 76 000 tonnes, une première depuis juillet 2025.
L'Espagne a également marqué son retour sur le marché du GNL algérien avec une cargaison de 75 000 tonnes, mettant fin à trois mois sans importations. Selon l'agence Bloomberg, Madrid envisage d'augmenter ses achats via le gazoduc Medgaz pour exploiter cette infrastructure à sa capacité maximale. La crise gazière actuelle renforce la position stratégique de l'Algérie sur l'échiquier énergétique européen.
Ahmed Chawki, directeur de l'Unité de recherche sur l'énergie, souligne que « l'arrêt partiel des exportations depuis le Golfe a contribué à rediriger la demande vers d'autres fournisseurs ». L'Algérie, située sur le bassin méditerranéen, bénéficie d'un avantage logistique majeur en évitant les zones de conflit.
Une production au plus haut depuis trois ans
Cette hausse des exportations s'appuie sur une production nationale en nette progression. En janvier 2026, la production de gaz naturel algérien a atteint 10,44 milliards de mètres cubes, contre 9,75 milliards un an plus tôt, soit une augmentation de 7 %. Ce volume représente le niveau mensuel le plus élevé depuis près de trois ans.
Sonatrach, le groupe pétrolier national, dispose de deux terminaux de liquéfaction à Arzew et Skikda. L'entreprise a renouvelé ces dernières années ses contrats à long terme avec des acteurs majeurs comme TotalEnergies, Engie, BOTAS (Turquie) et DEPA (Grèce), représentant plus de 10 milliards de mètres cubes annuels. L'Union européenne considère l'Algérie comme un partenaire énergétique privilégié, indispensable à la diversification de ses approvisionnements.
Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, l'Algérie s'est imposée comme le troisième fournisseur de gaz de l'Union européenne, derrière la Norvège et les États-Unis. Le pays investit massivement dans son secteur énergétique, avec une enveloppe de 50 milliards de dollars prévue d'ici 2028 pour renforcer ses capacités d'exploration et de production.