Othman Nasrou, pourfendeur de l'immigration, renvoyé à ses origines marocaines
Othman Nasrou, secrétaire général des Républicains et figure montante de la droite française, a été la cible d'un courriel à caractère raciste le renvoyant à ses origines marocaines. L'auteur du message, l'ancien préfet Michel Aubouin, candidat dissident aux municipales de La Celle-Saint-Cloud dans les Yvelines, lui reproche son rôle dans une procédure d'exclusion du parti. Une affaire qui met en lumière les tensions internes chez LR à l'approche du scrutin de mars, et qui soulève des questions sur la persistance du racisme dans la sphère politique française.
L'affaire a éclaté après la publication par Le Monde, le 21 février, d'extraits d'un courriel envoyé le 27 janvier par Michel Aubouin à la direction des Républicains. Ancien préfet et candidat sur la liste dissidente « Cell'Avenir » à La Celle-Saint-Cloud, Aubouin contestait la procédure d'exclusion engagée à son encontre par la fédération LR des Yvelines, présidée par Othman Nasrou.
Dans ce message, l'ancien haut fonctionnaire ne se contente pas de critiquer une décision qu'il juge « inique ». Il oppose son enracinement territorial séculaire aux origines étrangères du numéro trois du parti. « Je suis né à cinquante kilomètres de là où j'habite. Tous mes ancêtres, depuis le Moyen Âge, ont vécu dans ce même petit pays », écrit-il, avant d'ajouter : « Personne, de tous les miens et durant tous les siècles passés, n'a jamais émigré. »
Des propos perçus comme une attaque directe contre Nasrou, né à Casablanca en 1987 et arrivé en France à l'âge de 17 ans. Naturalisé français en 2012, ce dernier a gravi les échelons de la droite républicaine jusqu'à devenir secrétaire d'État à la Citoyenneté sous le gouvernement Barnier en 2024, puis secrétaire général de LR en mai 2025.
Une plainte déposée auprès du parquet de Paris
Othman Nasrou a immédiatement réagi en saisissant le parquet de Paris pour « incitation à la haine en raison des origines ». Sur le réseau social X, il a exprimé son indignation : « Je n'aurais jamais cru recevoir, à l'occasion d'une élection municipale, un message d'injure, de menaces et de dénigrement faisant référence à mes origines, de la part d'un ancien préfet. »
Le soutien politique ne s'est pas fait attendre. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France dont Nasrou est vice-président, a publié un message sans ambiguïté : « Non, la campagne municipale n'autorise pas tout ! Total soutien à mon vice-président face aux attaques racistes sur ses origines marocaines. Le procureur a été saisi et j'espère que ces propos seront jugés sévèrement. »
L'affaire dépasse le cadre d'une simple querelle de clocher entre un appareil partisan et un candidat dissident. Elle touche à la question de la place des Français issus de l'immigration dans la vie politique, et plus particulièrement au sein d'une droite qui a fait de la fermeté migratoire l'un de ses marqueurs idéologiques.
Le paradoxe Nasrou au cœur du débat
Car Othman Nasrou incarne lui-même un paradoxe que ses détracteurs, notamment à gauche et dans les pays du Maghreb, ne manquent pas de souligner. Proche de Bruno Retailleau, dont il a dirigé la campagne pour la présidence de LR, il s'est distingué par un discours très ferme sur l'immigration, le « communautarisme » et ce qu'il qualifie de « péril identitaire ». En tant que secrétaire d'État, il avait martelé que « la France n'est pas un pays raciste », tout en plaidant pour davantage d'exigence en matière d'intégration.
Cette posture lui avait valu des critiques récurrentes, notamment de la part de médias algériens et marocains, qui voyaient dans ses prises de position une forme de reniement de ses propres origines. Le courriel de Michel Aubouin vient, en quelque sorte, confirmer que l'intégration républicaine a ses limites : même au sein de son propre camp, les origines restent un argument mobilisable lorsque les intérêts locaux sont en jeu.
À quelques semaines des élections municipales de mars 2026, où d'autres candidats issus de la diversité ont également été visés par des propos discriminatoires, cette affaire rappelle que le racisme en politique ne connaît pas de frontière partisane. Le parquet de Paris devra désormais déterminer si les propos de l'ancien préfet relèvent du délit d'incitation à la haine raciale.