Réseaux sociaux : Macron veut protéger « le cerveau de nos enfants » avec une interdiction aux moins de 15 ans
Le président Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de protéger les jeunes Français des dangers des réseaux sociaux. Dans une interview accordée à Brut, le chef de l'État a martelé que « le cerveau de nos enfants et de nos adolescents n'est pas à vendre », annonçant l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans et des téléphones portables au lycée dès la rentrée 2026.
Cette déclaration intervient alors que le gouvernement a finalisé un projet de loi en deux articles, actuellement examiné par le Conseil d'État. Le premier article prévoit l'interdiction pure et simple de « la fourniture, par une plateforme en ligne, d'un service de réseau social en ligne à un mineur de moins de quinze ans » à compter du 1er septembre 2026. Le second étend l'interdiction des téléphones portables, déjà en vigueur depuis 2018 dans les écoles et collèges, aux lycées.
« On ne doit pas pouvoir accéder aux réseaux sociaux avant cet âge, parce qu'on n'est pas prêt », a expliqué Emmanuel Macron. Le président, qui se dit marqué par sa rencontre avec le psychologue américain Jonathan Haidt, auteur de Génération anxieuse, dénonce un modèle économique fondé sur l'addiction. « Leur modèle d'affaires, c'est de créer de l'excitation pour pouvoir vendre de la publicité individualisée », a-t-il fustigé, ciblant directement les géants du numérique.
Une « épidémie de mal-être » chez les jeunes
Le chef de l'État s'appuie sur de nombreuses études pour justifier cette mesure radicale. « Plus on augmente le temps d'écran, plus les performances éducatives chutent. Plus on augmente le temps d'écran, plus les problèmes de santé mentale augmentent », a-t-il détaillé, évoquant « une épidémie de mal-être, de problèmes de santé mentale, une épidémie de troubles du comportement ».
Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a précisé les enjeux de cette réforme : un enjeu social, car « la sociabilité des enfants et des adolescents ne peut être déléguée à une machine » ; un enjeu de développement intellectuel lié à la qualité de l'attention et de la concentration ; et un enjeu civique pour préserver la cohésion démocratique.
Le président a également critiqué le temps passé par les jeunes sur ces plateformes. En moyenne, les adolescents français consacrent plus de quatre heures quotidiennes aux réseaux sociaux. « Mon rêve serait que ce soit du temps de sports et du temps de lecture », a confié Emmanuel Macron, déplorant « un recul très important de la lecture ». « Le réseau social te renvoie à ta solitude. La lecture te permet de sentir », a-t-il ajouté.
Une vérification d'âge inspirée du modèle australien
Pour faire respecter cette interdiction, le gouvernement mise sur des technologies de vérification d'âge, similaires à celles déployées pour les sites pornographiques. « On sait que ça marche techniquement parce qu'on l'a fait pour les sites porno », a assuré le président. Plusieurs options sont envisagées : carte d'identité, selfie ou connexion via Pronote, la plateforme nationale de l'Éducation.
La France s'inscrit ainsi dans le sillage de l'Australie, qui a adopté en décembre 2025 la première interdiction mondiale des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Le Danemark et l'Irlande plaident également pour une législation européenne similaire.
Toutefois, le projet se heurte à des obstacles juridiques. Le Conseil d'État, qui a examiné le texte le 8 janvier, a imposé une refonte pour garantir sa conformité avec le droit européen. Des associations alertent par ailleurs sur les risques d'une interdiction trop générale, soulignant que les réseaux sociaux peuvent constituer un espace de soutien vital pour certains adolescents vulnérables.
Le débat à l'Assemblée nationale, prévu le 26 janvier, s'annonce animé. Mais Emmanuel Macron reste déterminé : « Il ne faut pas une règle plus subtile, ça ne marchera pas. Le couvre-feu n'est pas suffisant. C'est la seule manière de protéger » nos enfants.