Algérie : lancement de la restauration de la cathédrale du Sacré-Cœur
Le ministre des Affaires religieuses, Youcef Belmehdi, a officiellement lancé le 7 décembre 2025 les travaux de restauration de la cathédrale du Sacré-Cœur d'Alger, en présence du cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger, et du wali de la capitale. Un chantier d'envergure financé par l'État algérien, qui entend envoyer un message de tolérance religieuse au monde entier.
C'est sur la célèbre rue Didouche-Mourad, en plein cœur d'Alger, que se dresse la cathédrale du Sacré-Cœur, monument emblématique de l'architecture brutaliste des années 1950. Fermée depuis plusieurs années en raison de sa dégradation avancée, l'édifice va désormais faire l'objet d'une réhabilitation complète, sous la supervision conjointe des autorités civiles et religieuses. Le wali d'Alger et le président de l'Assemblée populaire de wilaya accompagnaient le ministre lors de cette visite officielle.
Le chantier a été lancé en application des « instructions des plus hautes autorités du pays, à leur tête le président de la République », a précisé le ministre Belmehdi. En septembre 2025, le président Abdelmadjid Tebboune avait reçu le cardinal Vesco pour évoquer ce projet, témoignant de l'importance que l'État accorde à la préservation du patrimoine chrétien sur le sol algérien. Cette rencontre avait mis en lumière le « respect mutuel et le dialogue entre les communautés » que les deux parties souhaitent promouvoir.
« La rénovation de cette cathédrale et sa réouverture est un signal envoyé au monde entier que l'Algérie garantit la liberté du culte », a déclaré Youcef Belmehdi lors de la cérémonie de lancement. Le cardinal Vesco s'est pour sa part réjoui de cette initiative, soulignant que la cathédrale « n'est pas seulement un lieu de culte, mais un monument et un patrimoine humain et national ».
Un joyau architectural à sauvegarder
Conçue par les architectes français Paul Herbé et Jean Le Couteur, avec la collaboration de l'ingénieur René Sarger, la cathédrale du Sacré-Cœur a été achevée en 1956 et consacrée en 1963. Sa construction avait été initiée en réponse au souhait de Monseigneur Leynaud, formulé dès 1944. Son architecture audacieuse, entièrement réalisée en béton armé, se distingue par une tour hyperboloïde ouverte sur le ciel, coiffée d'une flèche élancée. Les dalles et coques de béton aux formes expressionnistes contrastent avec les bandes de vitraux colorés qui les entourent, créant une atmosphère de lumière unique.
L'édifice abrite des trésors patrimoniaux remarquables : un autel en marbre de Carrare, une crèche tyrolienne en bois vieille de deux siècles et une mosaïque antique du IVe siècle provenant de la première basilique de Chlef. Le chantier mobilisera architectes, ingénieurs et artisans spécialisés pour restaurer l'enveloppe extérieure, reprendre les bétons dégradés, moderniser le système d'éclairage et restaurer les précieux vitraux. La cathédrale sera rénovée dans le respect total de son architecture d'origine, ont assuré les responsables du projet.
Une restauration dans un contexte historique
Ce projet s'inscrit dans une dynamique plus large de préservation du patrimoine religieux en Algérie. L'État a déjà pris en charge la restauration de plusieurs édifices chrétiens, notamment l'église de Santa Cruz à Oran et la basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger. Ces opérations s'intègrent dans le cadre du Plan Blanc relatif au développement et à la modernisation de la capitale et au réaménagement du vieux bâti.
La restauration intervient également dans un contexte diplomatique particulier. Le pape Léon XIV est attendu en Algérie du 13 au 15 avril 2026 pour une visite historique, et la cathédrale du Sacré-Cœur pourrait figurer parmi les étapes majeures de son séjour. Plusieurs sources au sein de l'Église indiquent que le souverain pontife souhaiterait s'y recueillir. Si aucun calendrier précis n'a été communiqué pour la fin des travaux, les autorités ont exprimé leur souhait de « livrer le projet le plus vite possible ».
Devenue cathédrale après la reconversion de l'ancienne cathédrale Saint-Philippe en mosquée Ketchaoua, le Sacré-Cœur d'Alger incarne la diversité du patrimoine algérien. Sa restauration, au-delà de l'enjeu architectural, porte un symbole fort : celui d'un pays qui assume pleinement la pluralité de son histoire et qui fait de la coexistence entre les confessions un pilier de son identité nationale.