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Robert Ménard reconnaît que sa rancœur envers l'Algérie vient de son indépendance

Le maire de Béziers, Robert Ménard, a livré un aveu révélateur au micro de Jean-Jacques Bourdin. Interrogé sur son rapport à l'Algérie, l'élu d'extrême droite a reconnu que sa rancœur envers ce pays trouve ses racines dans l'indépendance obtenue en 1962. Un aveu qui éclaire des décennies de prises de position hostiles et qui relance le débat sur la persistance de la nostalgie coloniale dans la vie politique française.

Robert Ménard ne s'en cache plus. Face à Jean-Jacques Bourdin, le maire de Béziers a mis des mots sur ce que beaucoup soupçonnaient depuis longtemps : sa rancœur envers l'Algérie est intimement liée au traumatisme de l'indépendance. Né à Oran en 1953, dans une famille catholique pied-noir installée depuis les années 1850, Ménard avait neuf ans lorsque sa famille a été contrainte de quitter l'Algérie pour se réinstaller en métropole, à Brusque, dans l'Aveyron.

Cet exil forcé a marqué au fer rouge la trajectoire politique de l'ancien fondateur de Reporters sans frontières. Son père, Émile Ménard, syndicaliste communiste devenu membre de l'OAS, avait été emprisonné pour son engagement en faveur de l'Algérie française. « Notre paradis à nous, c'était l'Algérie », avait déjà confié Ménard, citant sa propre mère, lors d'un discours à Béziers où il avait rebaptisé une rue au nom du commandant Hélie de Saint-Marc, officier associé au putsch des généraux de 1961.

Une nostalgie coloniale assumée et revendiquée

Cet aveu sur la rancœur liée à l'indépendance s'inscrit dans une longue série de provocations. En décembre 2025, Ménard avait déclaré au micro d'une radio : « Oran, c'est chez moi. Les Algériens, ils peuvent dire ce qu'ils veulent, ça reste chez moi. » Des propos qui avaient suscité une vague d'indignation en Algérie et en France, qualifiés de « méprisants » et « déconnectés de la réalité historique » par de nombreux observateurs.

En avril 2025, sur CNews, il qualifiait le régime algérien de « régime de cleptomanes, un régime de merde ». Auteur du livre Vive l'Algérie française !, Ménard n'a jamais fait mystère de sa nostalgie pour la période coloniale. Selon les historiens Raphaëlle Branche et Benjamin Stora, « la défense de l'Algérie française, devenue nostalgie très active, est une composante essentielle de l'idéologie d'extrême droite » en France.

Pour l'historien Gilles Manceron, cette persistance s'explique par le fait que « la colonisation n'a pas été suffisamment pensée comme étant contradictoire avec les principes républicains et démocratiques ». L'État français n'ayant jamais produit de véritable déconstruction de l'idéologie coloniale, des courants politiques continuent de justifier cette période.

Un contexte franco-algérien sous haute tension

Ces déclarations interviennent dans un contexte particulièrement tendu entre Paris et Alger. En février 2026, Ménard comparaissait devant le tribunal de Montpellier pour avoir refusé en 2023 de célébrer un mariage franco-algérien. Parallèlement, l'ambassadeur français Romatet appelait au dégel des relations bilatérales, tandis que le Sénat algérien examinait un projet de loi visant à criminaliser le colonialisme.

La presse algérienne n'a pas manqué de réagir. La Nouvelle République Algérie, dans un article de janvier 2026, rappelait que les ancêtres colonialistes de Ménard « n'ont rien construit en Algérie », dressant un bilan accablant de 132 ans de colonisation : un seul hôpital, une unique université et une population illettrée à plus de 90 % au moment de l'indépendance.

L'aveu de Ménard a le mérite de la clarté. En reconnaissant que sa rancœur est liée à l'indépendance algérienne, le maire de Béziers révèle le moteur profond d'un discours politique qui instrumentalise la crise franco-algérienne à des fins idéologiques. Un positionnement qui, selon plusieurs analystes, contribue à raviver inutilement les tensions entre les deux rives de la Méditerranée, au moment même où Paris et Alger tentent de maintenir un dialogue fondé sur la reconnaissance des mémoires et le respect mutuel.

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