Meta relance son projet de reconnaissance faciale « NameTag » pour ses lunettes
Le géant Meta prépare le déploiement d'une fonctionnalité controversée baptisée « NameTag » pour ses lunettes intelligentes Ray-Ban, capable d'identifier les personnes croisées dans la rue grâce à l'intelligence artificielle. Révélé par le New York Times, ce projet pourrait voir le jour dès 2026, malgré les vives préoccupations des défenseurs de la vie privée.
La fonctionnalité NameTag s'appuierait sur la caméra intégrée aux lunettes connectées pour capturer les visages des passants. L'intelligence artificielle de Meta fournirait ensuite des informations en temps réel sur la personne identifiée, comme son nom ou d'autres détails basiques. Selon les documents internes consultés par le journal américain, le système permettrait de reconnaître l'entourage de l'utilisateur via les connexions établies sur les applications du groupe Meta ou les comptes publics Instagram.
Toutefois, Meta assure que l'identification universelle d'inconnus croisés dans la rue serait exclue. Le projet n'a pas encore reçu le feu vert définitif pour un déploiement commercial, mais les équipes de l'entreprise californienne préparent activement cette fonctionnalité. Cette initiative s'inscrit dans un contexte commercial favorable : EssilorLuxottica a annoncé avoir écoulé sept millions de paires de lunettes connectées en 2025, soit deux millions de plus que le cumul 2023-2024.
Inquiétudes sur la vie privée et la surveillance
Le projet NameTag ravive les inquiétudes autour du respect de la vie privée, alors même que ces dispositifs suscitent déjà des usages intrusifs. En 2024, deux étudiants de Harvard ont démontré les dérives possibles en utilisant des lunettes Ray-Ban Meta combinées au service de reconnaissance faciale PimEyes pour identifier des inconnus dans le métro de Boston. L'intelligence artificielle de Meta continue ainsi de soulever des questions éthiques majeures.
L'Electronic Privacy Information Center (EPIC), basé à Washington, a immédiatement réagi en demandant à la Federal Trade Commission (FTC) et aux autorités des États américains d'ouvrir une enquête sur Meta. L'organisation dénonce un risque accru de harcèlement, de « doxxing » (divulgation d'informations personnelles) et de traque. « La reconnaissance faciale en temps réel exacerbe les risques déjà graves pour la vie privée des lunettes Ray-Ban Meta, qui permettent d'enregistrer secrètement les membres du public avec comme seul avertissement une petite LED facilement dissimulable », alerte EPIC.
Un mémo interne de Meta, révélé dans l'article du New York Times, a particulièrement choqué : l'entreprise souhaiterait profiter de « l'environnement politique dynamique actuel » pour lancer cette fonctionnalité pendant que « de nombreux groupes de la société civile qui devraient normalement nous attaquer auraient leurs ressources concentrées sur d'autres préoccupations ». Cette stratégie cynique a été vivement critiquée par les défenseurs des libertés numériques.
Un passé judiciaire chargé en matière de reconnaissance faciale
Meta n'en est pas à sa première controverse concernant la reconnaissance faciale. En mars 2021, l'entreprise a accepté de payer 650 millions de dollars pour régler un recours collectif intenté par des consommateurs de l'Illinois, qui invoquaient la forte législation de l'État sur la protection des données biométriques. Plus récemment, en juillet 2024, Meta a versé 1,4 milliard de dollars pour régler des plaintes concernant son ancien système de reconnaissance faciale, accusé de violer la législation du Texas.
L'Electronic Frontier Foundation (EFF) estime que cette nouvelle initiative pourrait coûter à Meta « des milliards de dollars en batailles judiciaires ». Mario Trujillo, avocat principal de l'EFF, met en garde contre les risques juridiques considérables que représente un tel projet. Les utilisateurs autour du porteur de lunettes Meta n'auraient aucun moyen de consentir ni de refuser d'être enregistrés et analysés. « En théorie, quiconque porte des lunettes Meta pourrait passivement collecter des données sur chaque personne et chaque lieu dans son champ de vision, sans possibilité de refus pour ceux qui sont enregistrés », alertent les experts en protection de la vie privée.
Alors que Meta n'a pas encore officiellement confirmé le calendrier de déploiement de NameTag, cette fonctionnalité cristallise les tensions autour de l'équilibre entre innovation technologique et protection des libertés individuelles. Le débat promet d'être houleux dans les mois à venir, entre promoteurs de la réalité augmentée et défenseurs de la vie privée.