Italie : Meloni offre 615 euros aux avocats favorisant l'expulsion des migrants
Le gouvernement de Giorgia Meloni a présenté une mesure inédite et très controversée : verser une prime pouvant atteindre 615 euros aux avocats qui parviennent à convaincre leurs clients migrants de quitter volontairement le territoire italien. Ce dispositif, voté au Sénat le 17 avril 2026 et soumis à la Chambre des députés quelques jours plus tard, a immédiatement déclenché un tollé dans les milieux juridiques, politiques et associatifs de la Péninsule.
Le mécanisme prévu est aussi simple dans son principe que controversé dans ses implications éthiques. Un avocat commis d'office pour assister un migrant ne percevra la prime qu'après le départ effectif de son client du territoire italien. Pas de départ, pas de paiement : la logique est entièrement conditionnée au résultat. Le gouvernement a alloué 246 000 euros pour financer ce dispositif en 2026, puis 492 000 euros annuels pour les années 2027 et 2028. Avec un bonus individuel estimé à environ 615 euros par dossier abouti, c'est plusieurs centaines de retours volontaires que Rome espère ainsi favoriser.
Cette mesure s'inscrit dans la politique migratoire dure que Giorgia Meloni a érigée en priorité depuis son arrivée au pouvoir. La présidente du Conseil des ministres n'a cessé de durcir les conditions d'accueil et de séjour des migrants en Italie, multipliant les décrets et les accords bilatéraux visant à réduire les arrivées et à faciliter les expulsions. Pourtant, cette fois-ci, le projet va visiblement trop loin pour une partie importante de la société italienne, jusqu'au sein même de sa propre majorité.
Un barreau qui refuse d'être instrumentalisé
Le Conseil national du barreau, désigné par le gouvernement pour administrer et distribuer cette prime, a immédiatement pris ses distances avec la mesure. Dans un communiqué remarqué, l'institution représentant les avocats italiens a déclaré qu'elle n'avait jamais été consultée ni informée de son implication dans ce dispositif. « Nous refusons d'être utilisés comme instruments de la politique migratoire du gouvernement », ont fait savoir plusieurs représentants de la profession, dénonçant une confusion inadmissible entre la mission de défense qui incombe aux avocats et les objectifs politiques de l'exécutif.
Cette réaction illustre la profonde division que suscite la mesure dans les rangs de la magistrature et du monde judiciaire. Rappelons que, moins d'un mois avant ce nouveau bras de fer, Giorgia Meloni avait déjà essuyé un revers cinglant lors d'un référendum qui aurait réduit l'influence des juges sur les décisions politiques. Le gouvernement se retrouve donc à nouveau en conflit ouvert avec les institutions judiciaires, fragilisant un peu plus les relations entre le pouvoir exécutif et l'appareil judiciaire dans la péninsule.
La situation migratoire en Italie reste l'une des plus complexes d'Europe. Comme le soulignait Mediaterranee, la justice italienne avait déjà bloqué le transfert de migrants vers des centres en Albanie, infligeant à Meloni un précédent revers judiciaire emblématique. Cette jurisprudence avait mis en évidence les limites légales des politiques migratoires musclées, y compris lorsqu'elles semblent bénéficier d'une couverture législative.
Des critiques qui dépassent les clivages politiques
L'opposition de gauche et les associations de défense des droits des migrants ont évidemment été les premières à monter au créneau, dénonçant une mesure qui, selon eux, compromet irrémédiablement l'indépendance des avocats et le droit à une défense équitable. Mais la résistance ne vient pas uniquement des adversaires politiques de Meloni : des voix dissidentes se sont également élevées au sein de la coalition gouvernementale, certains alliés estimant que cette prime transforme les avocats en auxiliaires de l'État pour des missions qui ne relèvent pas de leur mission première.
Les organisations de défense des droits de l'homme ont, quant à elles, dénoncé ce qu'elles qualifient de pression inacceptable sur des personnes déjà vulnérables. « Un migrant qui se sait défendu par un avocat intéressé financièrement à son départ ne bénéficie plus d'une défense digne de ce nom », a déclaré une responsable d'une ONG active sur les routes migratoires méditerranéennes. « Il s'agit d'une perversion profonde du métier d'avocat et du principe même de la défense juridique. »
Dans ce contexte très tendu, il est notable que le gouvernement Meloni maintienne parallèlement une politique d'ouverture pour certaines catégories de travailleurs étrangers. Mediaterranee avait rapporté que près de 500 000 entrées de travailleurs migrants avaient été autorisées par un décret récent, illustrant la contradiction apparente d'une politique migratoire qui ferme la porte aux uns tout en l'entrouvrant pour les autres.
La mesure doit encore être définitivement adoptée par la Chambre des députés. Compte tenu des résistances exprimées dans plusieurs camps, son adoption finale dans sa forme actuelle n'est pas acquise. En tout état de cause, la proposition a déjà réussi à polariser davantage le débat politique et juridique dans une Italie qui peine à trouver un consensus durable sur la question migratoire.