Canicule : l'Europe se réchauffe deux fois plus vite, l'Italie menacée
L'Europe suffoque une nouvelle fois sous une vague de chaleur intense en cette fin juin 2026, le deuxième épisode caniculaire en moins d'un mois sur un continent qui se réchauffe désormais plus de deux fois plus vite que le reste de la planète. En Italie, dans la plaine du Pô, le fleuve atteint un niveau historiquement bas pour la saison, faisant craindre une sécheresse précoce qui menace déjà directement les récoltes et le grenier agricole du pays.
Le constat est désormais scientifiquement établi : le Vieux Continent est la zone du globe où le thermomètre grimpe le plus rapidement. Tandis que la Terre s'est réchauffée d'environ 1,4 °C par rapport à l'ère préindustrielle, l'Europe affiche déjà une hausse de l'ordre de 2,4 à 2,5 °C, selon le service européen d'observation de la Terre Copernicus. Cette accélération s'explique en partie par la configuration géographique du continent et par la proximité de l'Arctique, qui se réchauffe lui aussi à un rythme effréné. Résultat : les vagues de chaleur y deviennent plus fréquentes, plus intenses et surtout plus précoces.
L'épisode actuel le confirme. Le 22 juin, les relevés effectués dans une soixantaine de villes européennes ont montré des valeurs extrêmes : 41,6 °C à Saragosse, en Espagne, et 40,2 °C à Toulouse, dans le sud-ouest de la France. Le bassin méditerranéen et les Balkans n'étaient pas épargnés, avec 34,8 °C à Rome, 34,5 °C à Tirana et 34,3 °C à Belgrade. Dans les jours suivants, la chaleur s'est propagée vers le nord, atteignant près de 40 °C jusqu'à Francfort, Bruxelles ou Cologne, des seuils inédits pour un mois de juin dans ces régions.
Le Pô à sec, l'agriculture italienne sous tension
C'est en Italie que les conséquences se révèlent les plus spectaculaires. Le débit du Pô, le plus long fleuve du pays, est passé le 22 juin sous la barre des 300 mètres cubes par seconde, contre une moyenne d'environ 1 500 m³/s habituellement observée en juin, selon l'Aipo, l'agence interrégionale de surveillance du fleuve. « Il n'est jamais descendu aussi vite, aussi tôt », s'alarme Stefano Calderoni, de l'association italienne d'irrigation Anbi. Les bancs de sable se multiplient et la profondeur de l'eau ne dépasse parfois plus un mètre, transformant un fleuve nourricier en filet d'eau.
Les nombreux lacs alpins qui alimentent la plaine du Pô, cœur agro-industriel de l'Italie, restent remplis à environ 60 %. Mais les agriculteurs y puisent massivement pour irriguer des champs desséchés par la chaleur. « Nous ne sommes pas encore en situation de sécheresse, mais à ce rythme, il reste moins de trois semaines de réserve d'eau », avertit Damiano Di Simine, expert de l'association environnementale Legambiente. La neige de montagne, qui réalimentait jadis les lacs, a déjà entièrement fondu sous l'effet du réchauffement, privant la région de sa réserve naturelle estivale. Lors de la dernière grande sécheresse de la plaine, en 2022, le seuil critique n'avait été atteint qu'à la fin du mois de juillet.
Le sel de la mer remonte jusque dans les champs
Plus en aval, à l'embouchure du fleuve, la situation est déjà critique : l'eau de mer a remonté d'une vingtaine de kilomètres à l'intérieur des terres. Ce sel commence à contaminer des terres agricoles arrachées en cinq siècles aux marais du delta, mettant en péril les cultures de soja, de maïs, de riz, de tournesol et de luzerne, ainsi que la filière du jambon de Parme. Des barrières ont été installées dans le fleuve pour bloquer l'intrusion saline, mais elles ne fonctionnent que si le courant est suffisant. « Il nous faudrait presque le double du débit actuel pour qu'elles soient efficaces », explique Rodolfo Laurenti, ingénieur responsable de l'irrigation dans le delta.
Au-delà de l'Italie, cet été 2026 illustre l'emballement climatique du continent. En Suisse, la chaleur accélère la fonte des glaciers, au point que la glace accumulée durant l'hiver 2025-2026 avait entièrement disparu dès le 29 juin, deuxième fonte la plus rapide depuis 2022. En France, plusieurs incendies se sont déclarés sur fond de canicule et de pics de pollution à l'ozone. Comme le rappellent régulièrement les scientifiques, chaque dixième de degré supplémentaire rend ces phénomènes plus probables et plus dévastateurs. Le sujet n'épargne pas la rive sud de la Méditerranée, déjà confrontée à des épisodes de chaleur marine inédits. Pour aller plus loin, lire aussi notre article sur la canicule et les départements placés en vigilance orange ainsi que notre dossier sur la vague de chaleur marine en Méditerranée.