Meta supprime 8 000 emplois pour financer ses investissements dans l'IA
Meta a annoncé jeudi en interne le licenciement d'environ 8 000 personnes, soit près de 10 % de ses effectifs mondiaux, afin de compenser les investissements colossaux engagés par la maison mère de Facebook et d'Instagram dans l'intelligence artificielle. Le groupe californien, qui comptait 78 865 employés fin décembre, prévoit également de supprimer 6 000 postes actuellement vacants. Ce vaste plan social, qui débutera le 20 mai prochain, intervient le même jour qu'une annonce similaire chez Microsoft, où jusqu'à 7 % des équipes sont concernées par des départs volontaires.
Dans un mémo interne révélé par plusieurs médias américains, la responsable des ressources humaines de Meta, Janelle Gale, a justifié cette décision par la volonté de « gérer l'entreprise plus efficacement et de compenser les investissements » du groupe. Engagée dans une course effrénée à l'intelligence artificielle générative, la firme de Menlo Park assume désormais un changement de cap radical après plusieurs années d'expansion massive de ses effectifs.
Les indemnités prévues pour les salariés américains comprennent seize semaines de salaire de base, auxquelles s'ajoutent deux semaines supplémentaires par année d'ancienneté. Cette générosité affichée vise à amortir le choc d'un plan dont l'ampleur surprend, six mois seulement après les précédentes restructurations menées au sein du groupe. Les premières notifications de licenciement devaient parvenir aux salariés concernés dès vendredi matin, selon les sources internes.
Une stratégie assumée d'investissement massif dans l'IA
Mark Zuckerberg avait préparé le terrain dès la fin du mois de janvier, lors de la publication des résultats trimestriels de Meta. Le PDG avait alors établi un lien direct entre l'essor des outils d'intelligence artificielle développés par le groupe et la nécessaire réduction de la voilure sur le plan humain. « Des projets qui auparavant auraient nécessité de grosses équipes sont maintenant menés à bien par une seule personne de grand talent », avait-il déclaré aux analystes financiers.
En conséquence, le dirigeant a annoncé que Meta allait « parier sur les contributions individuelles et réduire la taille des équipes », une formule désormais reprise comme leitmotiv par la direction des ressources humaines. Cette philosophie tranche radicalement avec celle qui avait prévalu durant la décennie précédente, lorsque les géants de la Silicon Valley se livraient à une guerre des talents pour gonfler leurs effectifs.
Parallèlement, l'entreprise dépense des sommes vertigineuses dans le développement et le déploiement de ses modèles d'IA. Meta prévoit ainsi d'investir entre 115 et 135 milliards de dollars en 2026, principalement pour acquérir des capacités de calcul, des puces et des centres de données. Fin février, le groupe a même conclu un accord avec le fondeur américain AMD portant sur l'achat de millions de puces, pour un montant minimum de 60 milliards de dollars.
Microsoft suit le même chemin, la Silicon Valley sous tension
Le timing de l'annonce n'est pas anodin. Le même jeudi, Microsoft a fait part en interne d'un plan de départs volontaires susceptible de concerner jusqu'à 7 % de ses équipes, soit environ 8 750 personnes. Il s'agit du tout premier plan de ce type dans l'histoire de la firme de Redmond, dans l'État de Washington, qui n'a pas immédiatement répondu aux sollicitations de l'AFP sur ce sujet sensible.
Cette double annonce illustre une tendance lourde dans le secteur technologique américain : les milliards engloutis dans les infrastructures d'IA pèsent désormais sur les marges et conduisent les directions à arbitrer en faveur d'une réduction drastique des coûts salariaux. Les analystes de Wedbush Securities estiment toutefois que la stratégie de Meta dans l'IA « est plus disciplinée » que lors du précédent cycle, axé sur le métavers, qui s'était soldé par un fiasco financier retentissant.
Le groupe avait d'ailleurs récemment tourné la page de son ambition métavers en fermant Horizon Workrooms et plusieurs autres briques de son écosystème de réalité virtuelle, pour réorienter ses ressources vers les modèles d'intelligence artificielle générative. Pour Wall Street, la nouvelle a été plutôt bien accueillie, les investisseurs saluant une discipline financière retrouvée. « Nous sommes confiants dans la capacité de la direction à négocier cette période de transition », ont ajouté les analystes.
Reste à mesurer l'impact humain de cette nouvelle vague de licenciements, qui frappera des équipes réparties sur plusieurs continents. Pour les milliers de salariés concernés, l'optimisme affiché par les marchés financiers ne suffira sans doute pas à dissiper l'amertume d'un plan social dont la justification officielle tient en quelques mots : financer l'intelligence artificielle.