Amazon supprime 16 000 emplois pour miser massivement sur l'intelligence artificielle
Le géant américain du commerce en ligne Amazon a annoncé mercredi 28 janvier la suppression de 16 000 postes dans le monde. Cette nouvelle vague de licenciements porte à 30 000 le nombre total d'emplois supprimés depuis octobre dernier, soit près de 10 % des effectifs administratifs de l'entreprise. Une restructuration massive que la direction justifie par sa volonté d'accélérer le virage vers l'intelligence artificielle.
Il s'agit de la plus importante réduction d'effectifs en trois décennies d'existence d'Amazon, dépassant les 27 000 licenciements opérés entre fin 2022 et début 2023. Dans un message adressé aux employés, Beth Galetti, vice-présidente chargée des ressources humaines, a expliqué que ces suppressions visaient à « réduire les niveaux hiérarchiques, renforcer le sentiment d'appartenance et supprimer la bureaucratie ».
Les services touchés sont nombreux : Amazon Web Services (AWS), le cloud computing qui constitue le moteur de profits du groupe, mais aussi Prime Video, Alexa, la publicité, la livraison du dernier kilomètre, Kindle et les équipes d'optimisation de la chaîne logistique. Une restructuration transversale qui n'épargne pratiquement aucune division.
L'IA au cœur de la stratégie
Cette cure d'amaigrissement s'inscrit dans une stratégie clairement assumée par le PDG Andy Jassy. « À mesure que nous déploierons davantage d'IA générative et d'agents intelligents, cela changera notre façon de travailler. Nous aurons besoin de moins de personnes pour certaines tâches actuelles, et de plus de personnes pour d'autres types de missions », avait-il prévenu dès l'été dernier. Une prophétie désormais en passe de se réaliser.
Parallèlement à ces coupes, Amazon investit massivement dans l'intelligence artificielle. L'entreprise prévoit des dépenses d'investissement de 125 milliards de dollars pour 2026, le budget le plus élevé parmi les géants technologiques. Ces fonds seront principalement consacrés à la construction de nouveaux centres de données et à l'acquisition de puces informatiques de pointe, essentielles au développement de l'IA. Une tendance qui inquiète particulièrement les jeunes diplômés, premiers touchés par l'automatisation des tâches.
L'annonce a été précédée d'une bourde révélatrice. Mardi soir, plusieurs employés ont reçu par erreur une invitation à une réunion intitulée « Send project Dawn email », nom de code interne du plan de licenciements. Une fuite qui a semé l'émoi avant même la communication officielle.
Fermetures de magasins en cascade
Le même jour, Amazon a également confirmé la fermeture de ses quelque 70 derniers magasins alimentaires sous les enseignes Amazon Fresh et Amazon Go, ainsi que l'abandon de son système de paiement biométrique Amazon One. Un repli stratégique sur le commerce en ligne et les services cloud, au détriment des expérimentations physiques.
Beth Galetti a tenté de rassurer en affirmant que l'entreprise n'avait pas « l'intention d'annoncer des réductions massives tous les quelques mois ». Toutefois, elle a laissé entrevoir la possibilité de nouveaux ajustements, certaines équipes devant encore « procéder aux modifications nécessaires ». Amazon avait déjà supprimé 14 000 postes en octobre dernier, dans ce qui apparaît désormais comme la première phase d'un plan de restructuration de grande envergure.
Sur les marchés, l'action Amazon a reculé de 2,1 % à l'annonce de ces licenciements. Pourtant, les fondamentaux financiers restent solides : le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 503 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2025, pour un bénéfice net de 56,5 milliards, en hausse de 44 % sur un an. Amazon emploie 1,58 million de personnes dans le monde, dont plus de 25 000 en France.