Christophe Gleizes : un an de prison en Algérie et l'hypothèse d'un troc
Détenu en Algérie depuis le 29 juin 2025, le journaliste sportif français Christophe Gleizes franchit ce lundi le cap symbolique d'un an d'incarcération. Condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », le collaborateur de So Foot et Society voit désormais son sort se jouer sur le terrain diplomatique, où l'hypothèse d'un troc contre un détenu en France commence à circuler.
Cela fait un an, jour pour jour, que Christophe Gleizes a basculé dans une interminable attente. Le 29 juin 2025, la justice algérienne scellait le sort du reporter de 37 ans, dont la peine a finalement été fixée à sept ans de prison ferme. Son tort présumé : un article consacré à la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), l'un des clubs de football les plus populaires d'Algérie.
Le journaliste, qui collaborait notamment avec les magazines So Foot et Society, a été reconnu coupable d'« apologie du terrorisme » et de « détention de publications à des fins de propagande nuisant à l'intérêt national ». Une qualification jugée totalement disproportionnée par ses soutiens, pour qui le dossier relève davantage de la diplomatie que du droit.
La justice algérienne lui reproche des échanges avec un dirigeant du club également membre du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste à Alger. La plupart de ces contacts remontent toutefois à 2015 et 2017, soit bien avant le classement de l'organisation, un seul échange datant de 2024, pour préparer son reportage sur place.
Arrêté le 28 mai 2024, Christophe Gleizes a depuis épuisé l'ensemble de ses recours. En mars dernier, il avait renoncé à son pourvoi en cassation afin d'ouvrir la voie à une grâce présidentielle, avant que la justice algérienne ne rejette en mai un recours déposé par le parquet, refermant définitivement la procédure judiciaire.
Une grâce présidentielle comme seule issue
Désormais, tous les regards se tournent vers le président algérien Abdelmadjid Tebboune, seul habilité à accorder la liberté au journaliste. Christophe Gleizes a justement renoncé à son pourvoi en cassation pour s'en remettre à la grâce du chef de l'État algérien, dernière porte de sortie possible.
« Il n'y a plus d'autre option possible qu'une grâce présidentielle du président Tebboune, qui devra arriver à un moment ou un autre », estime Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF), qui chapeaute le comité de soutien du reporter. L'organisation a réitéré ce lundi son appel à une « libération immédiate ».
Le précédent de Boualem Sansal nourrit cet espoir. L'écrivain franco-algérien, lui aussi détenu pendant un an, avait obtenu une grâce présidentielle en novembre dernier avant d'être rapatrié en France. Un scénario que les proches de Christophe Gleizes espèrent voir se répéter dans les prochaines semaines.
La mobilisation a pris une dimension internationale à l'approche de la Coupe du monde 2026, organisée en Amérique du Nord du 11 juin au 19 juillet. La FIFA a accordé une accréditation symbolique au journaliste, son président Gianni Infantino allant jusqu'à réclamer publiquement sa grâce afin qu'il puisse rejoindre ses confrères dans les tribunes de presse.
L'ombre d'un troc diplomatique
Mais derrière l'espoir d'une grâce, c'est la mécanique des relations franco-algériennes qui pourrait décider du sort du reporter. Plusieurs observateurs évoquent désormais la possibilité d'un « troc » : la libération de Christophe Gleizes en échange de celle d'un ressortissant détenu en France, sur fond de bras de fer persistant entre Paris et Alger.
Le contexte diplomatique semble en effet évoluer. Après des mois de crise marqués par des expulsions de diplomates et des dossiers consulaires brûlants, la visite de Nuñez à Alger a relancé l'idée d'un dégel entre les deux pays, le cas Gleizes figurant parmi les points les plus sensibles du rapprochement.
Pour RSF, l'affaire a depuis longtemps dépassé le seul cas individuel pour devenir un symbole de la liberté de la presse. La campagne pour sa libération a fédéré un soutien transpartisan inédit, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, ainsi que l'ensemble du monde du sport français, mobilisé jusque sur les pelouses.
En attendant, le journaliste reste incarcéré à la prison de Koléa, où son frère lui a rendu visite ce week-end. Ses proches décrivent des conditions de détention « convenables », tout en rappelant l'urgence humaine : sa grand-mère, âgée de 102 ans, espère encore le serrer une dernière fois dans ses bras. Un an après le verdict, la famille refuse de renoncer.