France: 26 ans après l’Erika, des oiseaux mazoutés réveillent le spectre de la marée noire en Bretagne
Une quinzaine d’oiseaux marins recouverts de fioul ont été découverts ces derniers jours sur des plages du Finistère. Selon les premières analyses, cette pollution pourrait être liée au naufrage du pétrolier Erika, survenu en 1999. Un rappel brutal que certaines catastrophes écologiques continuent de produire leurs effets, des décennies plus tard.
Sur plusieurs plages du sud du Finistère, les bénévoles de la Ligue pour la protection des oiseaux n’en ont pas cru leurs yeux. Des guillemots de Troïl et des pingouins torda, affaiblis ou déjà morts, présentaient un plumage lourdement souillé par du fioul. Rapidement, les signalements se sont multipliés, faisant ressurgir un nom que la Bretagne connaît trop bien : Erika.
Le 12 décembre 1999, ce pétrolier affrété par Total faisait naufrage au large des côtes bretonnes, libérant près de 20 000 tonnes de fioul lourd dans l’océan. La marée noire avait alors contaminé environ 400 kilomètres de littoral et provoqué une hécatombe sans précédent chez les oiseaux marins. Vingt-six ans plus tard, l’idée que cette pollution puisse encore tuer semblait impensable. Et pourtant.
Un fioul ancien, mais toujours toxique
Pour tenter de comprendre l’origine de cette pollution récente, des échantillons ont été confiés au Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre), basé à Brest. Les premières expertises révèlent une forte similarité chimique entre le fioul retrouvé sur les oiseaux et celui transporté par l’Erika.
« Chaque pétrole possède une signature chimique propre, une sorte d’ADN », explique un spécialiste interrogé par la presse nationale. « Dans ce cas précis, la correspondance est très forte, même si l’on reste prudent ». Les scientifiques rappellent que l’identification absolue est complexe, notamment en raison du vieillissement du produit et de son altération par l’environnement marin.
L’hypothèse privilégiée est celle d’une remontée de fioul ancien depuis l’épave, qui repose toujours à plus de 120 mètres de profondeur. Malgré les opérations de pompage menées après le naufrage, certaines poches d’hydrocarbures n’avaient jamais pu être totalement extraites. Des conditions météorologiques agitées, avec de fortes tempêtes hivernales, pourraient avoir fragilisé la structure de l’épave ou remué les sédiments, libérant ces résidus vers la surface.
« Certains compartiments restent inaccessibles, même avec les technologies actuelles », reconnaît un responsable du Cedre. « Cela signifie que des pollutions ponctuelles peuvent encore se produire ».
Pour les associations environnementales, cette découverte agit comme un électrochoc. Elle rappelle que certaines épaves constituent de véritables bombes à retardement écologiques. La LPO insiste sur la nécessité de renforcer la surveillance des sites sensibles et de ne pas considérer ces catastrophes comme définitivement réglées une fois l’émotion retombée.
Sur les plages bretonnes, la vigilance est désormais de mise. Au-delà de l’émotion suscitée par ces oiseaux mazoutés, c’est toute la question de la mémoire environnementale qui est posée : celle de pollutions anciennes, enfouies, mais toujours capables de ressurgir. L’Erika, symbole d’un drame écologique majeur, continue ainsi de rappeler que la mer n’oublie jamais vraiment.