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Incendies meurtriers en Algérie : face aux flammes, un immense élan de solidarité soulève tout le pays

Douze morts, 54 blessés, des familles évacuées, des maisons, des terres agricoles et des forêts ravagées : l’Algérie vient de traverser une nouvelle séquence dramatique d’incendies dans plusieurs wilayas du centre et de l’est. Le président Abdelmadjid Tebboune a décrété trois jours de deuil national. Mais au milieu des flammes et de la désolation, une formidable mobilisation populaire s’est levée. Dons, nourriture, médicaments, ambulances, hébergement, collectes : des milliers d’Algériens se sont organisés pour venir en aide aux sinistrés, donnant à cette catastrophe un autre visage, celui d’une solidarité nationale considérable.

L’Algérie est en deuil. Depuis jeudi 27 août, les drapeaux sont en berne sur l’ensemble du territoire national et les manifestations festives ainsi que les compétitions sportives ont été annulées. Une décision exceptionnelle prise par le président Abdelmadjid Tebboune après les incendies meurtriers qui ont frappé plusieurs régions du pays.

Le bilan est lourd : douze personnes ont perdu la vie et 54 autres ont été blessées, dont plusieurs grièvement. Jijel, avec cinq morts, Béjaïa, qui en déplore quatre, et Tizi Ouzou, où trois personnes sont décédées, ont payé le tribut humain le plus élevé.

Dans son message de condoléances, le chef de l’État a évoqué une nation frappée par une nouvelle épreuve alors que l’Algérie avait à peine commencé à panser les plaies des précédents incendies de l’été. Le constat est d’autant plus douloureux que cette catastrophe ne constitue pas un épisode isolé.

En juillet déjà, mediaterranee.com avait rendu compte d’une première vague d’incendies ayant fait plusieurs victimes et provoqué d’importants dégâts matériels. La nouvelle vague confirme la violence exceptionnelle de cette saison. Selon les chiffres rapportés par L’Expression, 367 départs de feu ont été enregistrés en seulement deux jours dans différentes wilayas.

Béjaïa, Jijel, Tizi Ouzou, Skikda, El Tarf, Guelma ou encore Annaba ont été confrontées, à des degrés divers, à la progression des flammes. Dans certaines zones montagneuses et forestières, les incendies ont avancé avec une rapidité redoutable, poussés par la chaleur, la sécheresse et les vents.

 Des régions meurtries par des centaines de départs de feu

Protection civile, Armée nationale populaire, services forestiers, autorités locales et moyens aériens ont été engagés pour combattre les foyers, protéger les habitations et procéder aux évacuations.

Les dégâts matériels et environnementaux apparaissent considérables, même si leur évaluation définitive demandera du temps. Des habitations ont été menacées ou touchées, des familles évacuées, des exploitations agricoles atteintes et des espaces forestiers ravagés.

Les autorités ont annoncé des opérations de recensement afin d’évaluer les pertes et d’organiser la prise en charge des sinistrés. Les circonstances des différents départs de feu devront également être déterminées. Dans un contexte où des centaines de foyers ont été signalés sur une période extrêmement courte, les enquêtes devront établir la part des conditions météorologiques, des accidents, des négligences ou d’éventuels actes volontaires.

L’urgence reste toutefois humaine. Certains blessés ont nécessité une prise en charge spécialisée et le dispositif hospitalier a été mobilisé.

Cette nouvelle catastrophe intervient alors que l’Algérie connaît depuis plusieurs années des épisodes d’incendies particulièrement violents. Comme l’ensemble du bassin méditerranéen, le pays est confronté à des périodes de chaleur et de sécheresse qui favorisent des feux difficiles à maîtriser. La répétition de ces catastrophes impose désormais de réfléchir à l’adaptation des moyens de prévention, de surveillance et d’intervention.

Mais raconter ces journées uniquement par les flammes, les morts et les hectares détruits donnerait une image incomplète de ce qui s’est passé. Car presque simultanément à la catastrophe, une autre vague a parcouru le pays : celle de la solidarité.

 Une chaîne de solidarité exceptionnelle, des villages jusqu’à la diaspora

C’est probablement l’une des images les plus fortes de ces incendies. Alors que les secours luttaient encore contre les flammes, des citoyens qui n’avaient reçu aucune consigne particulière ont commencé à s’organiser.

Dans les villes et villages, des collectes ont été lancées. Des commerçants ont donné des produits. Des particuliers ont acheté de l’eau et des denrées alimentaires. Des bénévoles ont rempli des véhicules et des camions avant de prendre la route vers les zones sinistrées. Des associations ont centralisé vêtements, couvertures, produits d’hygiène, médicaments et matériel de première nécessité.

 L’Expression évoque un « impressionnant élan de solidarité citoyenne ». L’expression paraît à peine suffisante tant la mobilisation a rapidement dépassé les seules régions touchées.

Des convois d’aide ont convergé vers Jijel et Béjaïa. Ailleurs, des citoyens se sont proposés pour accueillir temporairement des familles contraintes d’abandonner leur domicile. Sur les réseaux sociaux, les appels aux dons, les demandes de sang et les informations pratiques ont circulé à grande vitesse.

Le Croissant-Rouge algérien a également déployé d’importants moyens, avec notamment des ambulances, des véhicules et des équipes venues de plusieurs wilayas. À Constantine, une caravane transportant du matériel destiné notamment à la prise en charge des brûlés a été constituée grâce aux dons. D’autres convois ont acheminé nourriture, vêtements et couvertures.

Les mosquées ont consacré des prêches à la solidarité envers les victimes et les familles endeuillées. Dans plusieurs localités, les habitants se sont mobilisés au plus près des équipes de secours, fournissant de l’eau, des repas ou simplement des bras.

Et la mobilisation a franchi la Méditerranée. Dans la diaspora, notamment en France et dans d’autres pays européens, des initiatives ont été lancées pour collecter des produits de première nécessité et venir en aide aux familles frappées par les incendies.

Cette capacité à se mobiliser dans l’urgence n’est pas nouvelle en Algérie. Tremblements de terre, inondations, incendies : à chaque grande catastrophe, des réseaux spontanés de solidarité se constituent, souvent en quelques heures. Les liens familiaux et villageois, le tissu associatif et les réseaux sociaux permettent alors de transformer une multitude d’initiatives individuelles en véritable mouvement collectif. Cette fois encore, l’élan est à la hauteur du malheur.

Il ne rendra évidemment pas leurs proches aux familles endeuillées. Il ne fera pas renaître immédiatement les forêts brûlées et ne reconstruira pas en quelques jours ce que les flammes ont détruit. Mais pour ceux qui ont perdu une maison, une exploitation ou parfois presque tout, savoir que des inconnus parcourent des centaines de kilomètres pour apporter de l’eau, des vêtements ou de la nourriture n’est pas anodin.

Les trois jours de deuil décrétés par Abdelmadjid Tebboune donnent une dimension nationale à la tragédie. La mobilisation populaire lui donne, elle, une dimension profondément humaine.

Lorsque les flammes se seront définitivement éteintes viendra le temps des bilans, des enquêtes et des questions sur la prévention. Après les incendies de juillet puis ceux d’août, l’Algérie devra tirer les enseignements d’un été 2026 particulièrement éprouvant et renforcer sa capacité à anticiper des catastrophes appelées à devenir plus difficiles à combattre.

Mais de ces journées terribles restera également une autre image : celle de milliers d’Algériens refusant de laisser les victimes seules face au désastre. Dans un pays endeuillé par les incendies, la solidarité s’est propagée avec une rapidité presque aussi spectaculaire que les flammes. Et cette fois, pour réparer, secourir et reconstruire.

Photo: (DR)

 

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