Carburant : le gouvernement prolonge ses aides après le blocage des pêcheurs
À la pompe, la hausse ne faiblit pas. Le gouvernement a annoncé mercredi 16 septembre 2026 la prolongation jusqu'au 31 décembre de ses aides ciblées sur le carburant, tout en portant de 25 à 35 centimes par litre le soutien versé aux pêcheurs, dont plusieurs dizaines bloquaient depuis trois jours des dépôts pétroliers en Méditerranée pour dénoncer l'envolée des prix.
Le gazole affichait 2,36 euros le litre mercredi dans de nombreuses stations, avec des pointes à 2,89 euros relevées sur une aire d'autoroute alsacienne. Des professionnels du transport redoutent désormais de franchir la barre des 2,50 euros d'ici un mois. Un autoentrepreneur interrogé par franceinfo a chiffré l'impact à « 270 euros de plus par an rien qu'en gazole » si ce seuil venait à se confirmer, un surcoût qui pèse directement sur la rentabilité des indépendants du transport et de l'artisanat.
Thierry Bros, spécialiste de l'énergie à Sciences Po, n'exclut pas un scénario plus sombre encore : « Les prix pourraient filer vers 3 euros le litre » si la crise internationale qui pousse les cours du brut à la hausse ne se dénoue pas rapidement. Une perspective qui a ravivé l'inquiétude d'automobilistes déjà éprouvés par des mois de hausses successives, et qui s'interrogent, sur les réseaux sociaux comme aux abords des stations, sur les conséquences d'un passage durable au-dessus des 2,50 euros.
Pourquoi les prix s'envolent
La flambée trouve sa source dans la reprise des hostilités au Moyen-Orient, qui a fait bondir les cours du pétrole brut et des produits raffinés ces dernières semaines. L'effet se répercute à la pompe avec un décalage habituel de plusieurs jours, ce qui explique pourquoi la hausse continue de se propager alors même que les tensions ont débuté un peu plus tôt dans le mois. Les distributeurs répercutent en effet leurs approvisionnements achetés en amont, avec un temps de latence qui varie selon les régions et les enseignes.
À ce choc géopolitique s'ajoute un facteur purement français : la convergence fiscale entre le gazole et l'essence, engagée par la loi de finances et prévue jusqu'en 2030, renchérit chaque année le diesel d'un à deux centimes supplémentaires, indépendamment des cours mondiaux. Une mécanique fiscale qui frappe en priorité les ménages roulant au diesel, longtemps privilégié pour les longs trajets, et qui s'additionne désormais à la flambée internationale au pire des moments pour le pouvoir d'achat.
Sur le terrain, la colère a pris une forme concrète. Après un premier blocage du dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer mardi, des pêcheurs ont immobilisé celui de Frontignan, dans l'Hérault, ainsi que plusieurs ports, dont ceux de Sète et de Nice, empêchant notamment le départ d'un ferry de la compagnie Corsica Ferries. Ils réclamaient une réponse rapide de l'exécutif face à des charges de carburant devenues, selon eux, insoutenables pour leur activité, le carburant représentant l'un des principaux postes de dépense de la pêche artisanale.
Les mesures annoncées par le gouvernement
Face à la mobilisation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mercredi la prolongation jusqu'au 31 décembre 2026 des aides carburant ciblées : 35 centimes par litre pour les pêcheurs contre 25 auparavant, 15 centimes pour les agriculteurs et 20 centimes pour le secteur du bâtiment et des travaux publics. Une rencontre avec la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, était programmée jeudi matin pour tenter d'apaiser un mouvement qui n'a pas cessé avec l'annonce, puisque des blocages se sont reproduits dès le lendemain.
Pour l'ensemble des automobilistes, l'exécutif a par ailleurs choisi de reconduire l'aide générale à la pompe, fixée à 20 centimes par litre, pour les mois de septembre et octobre. Le guichet de demande destiné aux grands rouleurs a lui aussi été prolongé d'un mois, jusqu'au 30 septembre, pour laisser davantage de temps aux automobilistes concernés de déposer leur dossier et bénéficier du dispositif avant son échéance.
Ces annonces s'inscrivent dans un climat social tendu, alors que le gouvernement avait déjà évoqué, plus tôt cette année, la possibilité de plafonner les marges des stations-service pour limiter l'impact de la flambée des prix sur le pouvoir d'achat. La France avait aussi connu, ces derniers mois, des épisodes de tension sur l'approvisionnement, avec plus de mille stations à sec recensées sur le territoire, signe d'une filière déjà sous pression avant même ce nouvel épisode de hausse.
Reste à savoir si ces mesures suffiront à calmer la contestation et à contenir la hausse des prix. Le gouvernement mise sur un répit budgétaire ciblé, en attendant une éventuelle accalmie sur les marchés internationaux du pétrole. Les prochaines semaines, marquées par la poursuite des tensions au Moyen-Orient, s'annoncent décisives aussi bien pour les automobilistes que pour les professionnels dont l'activité dépend directement du prix du carburant.