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Algérie : 30 000 vaches américaines pour relancer la filière laitière

L'Algérie s'apprête à importer 30 000 vaches laitières en provenance de neuf États américains, dans le cadre d'un pont aérien inédit qui débutera en novembre 2026 et s'étalera sur dix mois. Cette opération, portée par le géant qatari Baladna en partenariat avec les autorités algériennes, s'inscrit dans un méga-projet agro-industriel de 3,5 milliards de dollars implanté principalement dans la wilaya d'Adrar, avec pour objectif de réduire la dépendance du pays à la poudre de lait importée.

Le programme repose sur une logistique hors norme : 109 vols affrétés doivent acheminer les bovins par lots de 300 têtes environ, directement depuis les fermes américaines jusqu'au sud algérien. Les animaux, des Holstein Friesian à haut rendement laitier, proviennent de neuf États des États-Unis, sans que la répartition exacte entre ces États n'ait été détaillée publiquement par les autorités du projet. Cette opération d'importation par voie aérienne, rare par son ampleur, illustre la volonté de Baladna d'aller vite sur un dossier jugé stratégique pour la sécurité alimentaire algérienne.

Le volet logistique du programme représente à lui seul entre 250 et 300 millions de dollars, un montant qui s'ajoute aux 635 millions de dollars de contrats signés fin avril 2026 pour la deuxième phase du projet. Ces accords couvrent notamment la fourniture de bétail par les sociétés américaines Hunland et Scarff Bros, ainsi que des équipements d'irrigation fournis par Valmont et des infrastructures industrielles confiées à GEA, Urbacon UCC et EHAF. Au total, l'investissement cumulé du complexe Baladna Algérie atteint 3,5 milliards de dollars, un chiffre qui en fait l'un des plus importants projets agricoles étrangers jamais engagés dans le pays.

Un accord qui remonte à 2024

Ce chantier ne sort pas de nulle part. Dès novembre 2024, le ministère algérien de l'Agriculture et le département américain de l'Agriculture (USDA) avaient signé un accord ouvrant la voie à l'exportation de vaches laitières américaines vers l'Algérie, pour une valeur alors estimée à 150 millions de dollars. « Ce jalon reflète la capacité de Baladna à exécuter des projets laitiers complexes et à grande échelle, avec un impact concret sur la sécurité alimentaire nationale », a déclaré Marek Warzywoda, directeur général du groupe Baladna, lors de l'annonce de la signature des contrats de la phase 2 fin avril 2026. Le projet doit à terme constituer un cheptel d'environ 270 000 vaches sur une superficie de 117 000 hectares.

Sur le plan économique, l'ambassade des États-Unis en Algérie a salué un accord permettant l'ouverture du marché algérien aux bovins laitiers américains, un dossier suivi de près par les exportateurs agricoles des deux pays. Washington y voit un débouché commercial significatif : le projet devrait générer environ 1 200 emplois aux États-Unis, contre plus de 15 000 emplois annoncés côté algérien, essentiellement dans l'élevage, la transformation laitière et la logistique. Pour l'Algérie, l'enjeu dépasse la seule création d'emplois : il s'agit de bâtir une filière laitière intégrée capable de réduire une facture d'importation devenue structurelle.

Réduire une dépendance devenue chronique

L'Algérie figure en effet parmi les tout premiers importateurs mondiaux de produits laitiers, derrière la Chine et le Mexique, avec près de 4 millions de tonnes équivalent-lait achetées à l'étranger en 2023. Entre 2020 et 2024, le pays a importé en moyenne plus de 430 000 tonnes de produits laitiers par an, un niveau qui pèse lourdement sur la balance commerciale et expose la filière aux à-coups des marchés internationaux. C'est précisément cette vulnérabilité que le complexe de Baladna, une fois pleinement opérationnel à partir de 2027, entend corriger en produisant localement jusqu'à 100 000 tonnes de poudre de lait par an, soit près de la moitié des besoins actuels du marché national.

Le plan de développement agricole algérien, qui a multiplié depuis 2020 les incitations aux méga-fermes et aux investissements étrangers, trouve dans ce projet qatari l'une de ses réalisations les plus visibles. Une dynamique que notre analyse de la conjoncture économique algérienne pour 2025-2026 replaçait déjà dans le contexte plus large d'une économie cherchant à réduire sa dépendance aux hydrocarbures en misant sur l'agro-industrie et l'investissement étranger. La facture alimentaire du pays, longtemps scrutée par les pouvoirs publics, avait déjà connu des phases de reflux ponctuel, comme le rappelait un précédent bilan des importations alimentaires algériennes, sans toutefois inverser durablement la tendance structurelle.

Les premières vaches américaines ne fouleront donc le sol algérien qu'à partir de novembre, et il faudra attendre l'entrée en service complète du complexe d'Adrar pour mesurer l'impact réel de cette opération sur les prix et la disponibilité du lait en poudre. Les autorités algériennes, comme leurs partenaires qataris et américains, misent sur un effet d'entraînement rapide une fois le cheptel constitué et les premières unités de transformation lancées. D'ici là, le pont aérien Algérie-États-Unis restera l'un des chantiers logistiques agricoles les plus suivis de la région méditerranéenne.

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