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Fil machine algérien : Washington inflige 73,33 % de taxe après le rond à béton

Le Department of Commerce américain a confirmé, le 15 septembre 2026, un droit compensateur définitif de 73,33 % sur le fil machine en acier carbone et allié importé d'Algérie, une décision publiée au Federal Register le 18 septembre et applicable immédiatement aux expéditions de l'exportateur public-privé SPA Algerian Qatar Steel (AQS), basé à Bellara, dans la wilaya de Jijel, ainsi qu'à tous les autres producteurs algériens du secteur.

Le taux, identique pour AQS et pour la catégorie « tous les autres » exportateurs, n'est pas le fruit d'un calcul sur des données vérifiées. Washington l'a fixé en recourant à la procédure dite des « facts available with adverse inferences » — les faits disponibles assortis d'une inférence défavorable — un mécanisme que le droit commercial américain applique lorsqu'un exportateur ou un gouvernement étranger refuse ou néglige de transmettre les informations réclamées par les enquêteurs. Selon la détermination finale de Commerce, « le seul répondant obligatoire, SPA Algerian Qatar Steel, n'a pas participé à l'enquête, et le gouvernement algérien n'a pas fourni les informations demandées », ce qui a empêché toute vérification sur site des comptes et des aides publiques présumées.

L'enquête avait été ouverte le 1er mai 2026 à la demande de cinq sidérurgistes américains — Charter Steel, Commercial Metals Company, Liberty Steel USA, Nucor Corporation et Optimus Steel — qui accusaient l'Algérie de subventionner ses exportations de fil machine, ce produit semi-fini utilisé notamment pour fabriquer des câbles, des grillages, des électrodes de soudure et des pièces de construction. La période couverte par l'enquête s'étend du 1er janvier au 31 décembre 2025. Fait notable de procédure, aucune détermination de préjudice de la part de l'International Trade Commission n'a été jugée nécessaire, Washington considérant que l'Algérie n'est pas partie à l'accord de l'OMC sur les subventions, ce qui dispense l'administration américaine de cette étape habituelle avant l'imposition de droits compensateurs.

Un scénario déjà vu sur le rond à béton

Cette pénalisation du fil machine reproduit presque à l'identique un épisode antérieur. En mars 2026, le même Department of Commerce avait arrêté un droit compensateur de 72,94 % sur les barres d'armature en acier — le rond à béton — visant cette fois le producteur Tosyali Algérie, à la suite d'une plainte déposée par la Rebar Trade Action Coalition, l'organisation professionnelle des sidérurgistes américains spécialisés dans ce produit. Cette décision s'ajoutait déjà à une surtaxe douanière de 30 % appliquée par l'administration américaine sur les importations algériennes, et une enquête antidumping distincte avait débouché fin 2025 sur un taux de 127 % pour le même type de barres.

Le point commun des deux dossiers tient moins à la nature du produit visé qu'à l'attitude des autorités algériennes face aux enquêteurs américains. Dans les deux cas, ni l'exportateur concerné ni le gouvernement algérien n'ont transmis les questionnaires détaillés que Commerce exige sur les mécanismes de financement public, les tarifs préférentiels de l'énergie ou du minerai de fer, et les avantages fonciers ou fiscaux dont bénéficient les complexes sidérurgiques. Ce silence, qu'il relève d'un choix politique ou d'une incapacité administrative à répondre dans les délais impartis, ouvre systématiquement la voie à l'inférence défavorable — et donc à des taux prohibitifs qui ferment de facto le marché américain.

AQS, joyau industriel algéro-qatari sous pression

Algerian Qatar Steel exploite à Bellara, dans la commune d'El Milia (Jijel), l'un des plus grands complexes sidérurgiques d'Afrique du Nord, construit autour de fours à arc électrique et d'une unité de réduction directe du minerai de fer. Le capital de la société associe des entités publiques algériennes — Sider et le Fonds national d'investissement, qui détiennent 51 % des parts — et le groupe qatari Qatar Steel International, actionnaire minoritaire. La première phase de l'usine affiche une capacité de deux millions de tonnes par an, avec un projet d'extension porté à quatre millions de tonnes dans le cadre d'un investissement conjoint évalué à environ deux milliards de dollars. En 2023, AQS revendiquait déjà plus de 700 000 tonnes de produits finis exportés vers une trentaine de pays, pour une valeur dépassant 423 millions de dollars.

Le marché américain ne pesait pourtant qu'une fraction marginale de ces flux : l'Algérie y a expédié environ 29 805 tonnes de fil machine sur l'ensemble de l'année 2025, la période couverte par l'enquête. Un volume modeste à l'échelle du marché sidérurgique américain, mais le développement de ce débouché s'inscrivait dans la stratégie de diversification des exportations hors hydrocarbures que l'Algérie affiche depuis plusieurs années, notamment autour du futur gisement de fer de Gara Djebilet, présenté comme le socle d'une souveraineté sidérurgique nationale. Un taux de 73,33 % rend en pratique cette voie commerciale inaccessible, quel que soit le prix de revient réel de l'acier algérien.

Ces mesures s'inscrivent également dans un climat commercial américain plus large marqué par la multiplication des enquêtes sur l'acier importé, dans la continuité des restrictions prises au titre de la section 232 sur la sécurité nationale, qui visent depuis plusieurs années à protéger la sidérurgie domestique face aux importations jugées subventionnées, qu'elles viennent d'Algérie, de Bulgarie, d'Égypte ou du Vietnam — autant de pays ayant fait l'objet de procédures comparables ces derniers mois. Pour Alger, la succession de décisions défavorables sur le rond à béton puis sur le fil machine referme presque totalement l'accès du marché américain à sa filière acier, l'obligeant à réorienter ses volumes vers l'Afrique et l'Europe, où les quotas environnementaux constituent toutefois une autre barrière à surmonter.

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