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Carburants : la carte de France de la colère des automobilistes

Une carte de France qui se remplit point par point, à mesure que les automobilistes déclarent leur exaspération : c'est le principe de la « manifestation numérique » lancée samedi 12 septembre 2026 par l'association 40 millions d'automobilistes. Baptisée « Balance ton plein », l'opération s'appuie sur un site dédié, balancetonplein.fr, où chaque conducteur renseigne son code postal et sa commune pour matérialiser, territoire par territoire, la colère née de la flambée des prix à la pompe. Objectif affiché : obtenir une baisse immédiate et massive de la fiscalité qui pèse sur l'essence et le diesel.

Le contexte a de quoi nourrir la mobilisation. Cette semaine, le prix moyen relevé en France atteignait 2,30 euro le litre de gazole et 2,22 euro pour le sans-plomb 98, des seuils inédits qui grèvent lourdement le budget des ménages. Chaque plein devient un arbitrage, et pour une partie des Français, un motif de renoncement : moins de déplacements, moins de sorties, moins de dépenses annexes. L'association estime que cette contraction silencieuse finit par peser sur l'ensemble de l'économie nationale.

Le dispositif se veut délibérément simple, pour rassembler large sans bloquer une route ni un dépôt. Pas de cortège, pas de pneus brûlés : une participation anonyme, en quelques clics, qui vient alimenter une cartographie nationale. « Ce site permet de rendre visible tous les invisibles, ceux qui sont asphyxiés par les prix des carburants », a expliqué samedi Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d'automobilistes, interrogé dans La Matinale Week-end. Selon lui, la situation est devenue « intenable pour les automobilistes ».

Environ 65 % du plein part en taxes

Le cœur de la revendication tient dans un chiffre que l'association martèle : près de 65 % du prix payé à la pompe correspond à des taxes. L'empilement est connu des spécialistes mais rarement lisible pour le conducteur. On y trouve la TVA à 20 %, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), la taxe carbone dite Contribution climat énergie, et le coût répercuté des certificats d'économie d'énergie (CEE), dont l'enveloppe annuelle est passée de 6 à 8 milliards d'euros en 2026.

Une particularité française cristallise les critiques : la TVA s'applique aussi sur la TICPE, autrement dit un impôt calculé sur un autre impôt. Mécaniquement, chaque hausse du baril se trouve amplifiée dans le prix final. « La France est championne d'Europe de la fiscalité sur les carburants », résume l'association, qui rappelle que l'Hexagone a fixé une taxation équivalente au double des minima prévus par l'Union européenne. Pour elle, les prix élevés ne relèvent pas d'une fatalité conjoncturelle mais de choix politiques accumulés au fil des années.

D'où la revendication centrale portée par la pétition qui accompagne l'opération : appliquer au carburant le taux réduit de TVA à 5,5 %, celui des produits de première nécessité. Le raisonnement est assumé : si la mobilité est indispensable pour aller travailler, se soigner ou faire ses courses, pourquoi la taxer comme un bien de confort ? Conscient que le taux de TVA est encadré au niveau européen, Pierre Chasseray avance des leviers plus immédiats, à commencer par la suppression des CEE, qu'il chiffre entre 13 et 17 centimes par litre de carburant.

Le spectre d'une colère sociale qui ressurgit

Cette seconde salve n'arrive pas de nulle part. En mars 2026, une première opération « Balance ton plein » avait invité les automobilistes à photographier le montant de leur plein ou leur ticket de caisse pour le diffuser sur les réseaux sociaux. Le mot-dièse #balancetonplein avait alors figuré parmi les sujets les plus relayés, révélant l'ampleur d'un ras-le-bol jusque-là diffus. La nouvelle mouture, soutenue par la Fédération nationale de l'automobile (FNA), cherche à transformer cette indignation en donnée géographique exploitable.

Les témoignages collectés par l'association décrivent un basculement qui dépasse les publics habituellement fragiles. Retraités, classes moyennes, cadres, apprentis payés 600 à 800 euros par mois et dépensant 250 euros de carburant : le délégué général insiste sur le caractère transversal du phénomène. Il évoque une « injustice qui frappe de plein fouet la mobilité » et rogne le reste à vivre, en particulier dans la France des territoires, celle des cinquante kilomètres aller et cinquante kilomètres retour pour rejoindre son travail.

La comparaison avec 2018 n'est jamais loin. Pierre Chasseray dit recevoir une multitude de messages évoquant un retour des gilets jaunes, un scénario qu'il assure ne pas souhaiter mais qu'il brandit comme un avertissement adressé à l'exécutif. Sa demande : une mesure d'urgence immédiate, doublée d'une refonte structurelle de la fiscalité énergétique. Les prix des carburants qui repartent à la hausse alimentent régulièrement ce type de tension sociale en France.

Du côté des distributeurs, des gestes commerciaux ont été annoncés, avec des plafonnements pour certaines enseignes et des baisses allant de 10 à 30 centimes par litre pour d'autres. L'association accueille l'initiative sans illusion : elle y voit surtout une opération de la grande distribution destinée à faire venir des clients en magasin, et non une réponse structurelle. Certains conducteurs frontaliers explorent d'autres pistes, comme faire le plein en Italie depuis Nice, un calcul qui n'est pas toujours aussi avantageux qu'il y paraît.

Reste l'horizon 2028, que l'association agite comme une épée de Damoclès. Un nouveau dispositif fiscal européen doit alors entrer en vigueur, avec un risque de surtaxation amplifiée compte tenu du niveau déjà élevé de la fiscalité française. Les spécialistes cités par 40 millions d'automobilistes évoquent un litre qui pourrait grimper jusqu'à 2,40 euro dans les semaines à venir. De quoi donner à cette carte de France en train de se remplir une portée bien plus politique que symbolique.

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