Chômage : l'Italie enregistre le taux le plus bas de son histoire, à 5 %
L'Italie a enregistré au mois de mai un taux de chômage de 5,0 %, son niveau le plus bas depuis le début de la série statistique de l'Institut national des statistiques (Istat) en janvier 2004. Selon la première estimation publiée par l'organisme, ce recul de 1,5 point sur un an installe durablement la troisième économie de la zone euro sous la moyenne européenne, qui stagne à 5,9 %. Un record salué par le gouvernement de Giorgia Meloni, mais que plusieurs économistes qualifient de victoire en trompe-l'œil.
Le chiffre dévoilé par l'Istat marque un tournant symbolique pour un pays longtemps associé à un marché du travail rigide et à un chômage des jeunes parmi les plus élevés du continent. En l'espace d'un an, l'Italie compte 399 000 chômeurs de moins, une décrue qui confirme une tendance amorcée depuis plusieurs trimestres. Le pays passe ainsi sous la barre symbolique des 5 % après plusieurs mois d'amélioration continue, alors que le taux oscillait encore autour de 6 % à l'été 2025. Ce reflux prolonge une baisse déjà observée au printemps, lorsque le chômage était tombé à 5,7 %, un record historique qui cachait déjà des failles structurelles.
Cette dynamique tranche avec la situation observée ailleurs en Europe, et notamment en France, où la promesse du plein emploi s'éloigne. La péninsule, qui affichait des taux à deux chiffres il y a une dizaine d'années, s'impose désormais comme l'un des bons élèves de la zone euro en matière d'emploi. Le contraste alimente un débat politique nourri des deux côtés des Alpes, chaque camp y voyant la validation de son propre modèle économique et social. Le gouvernement italien y voit la preuve de l'efficacité de ses réformes, quand ses détracteurs pointent des ressorts moins glorieux.
Un recul historique porté par l'emploi des jeunes
La performance la plus spectaculaire concerne les 15-24 ans. Le taux de chômage des jeunes est tombé à 15,1 %, lui aussi au plus bas depuis 2004, alors qu'il culminait encore autour de 22 % au début du mandat de l'actuel gouvernement. Cette baisse de près de sept points en quelques années constitue l'un des arguments phares de l'exécutif italien, qui met en avant sa politique de réductions de charges et d'incitations à l'embauche des moins de trente ans. Les secteurs du tourisme, de la construction et des services aux entreprises figurent parmi les principaux moteurs de ces recrutements.
Le taux d'emploi global a lui aussi progressé, s'établissant à un niveau record. Sur l'ensemble de l'année 2025, l'Istat avait déjà relevé une hausse du taux d'emploi à 62,5 % de la population en âge de travailler, porté notamment par la contractualisation de nombreux emplois auparavant précaires. Le nombre de contrats à durée indéterminée a augmenté, tandis que reculait la part des contrats temporaires, signe d'une certaine stabilisation du marché du travail transalpin. Les femmes, longtemps sous-représentées dans l'emploi, ont également contribué à cette amélioration, même si l'écart avec les hommes demeure important.
Une embellie qui masque des fragilités structurelles
Derrière les chiffres record, plusieurs économistes appellent à la prudence. La baisse du nombre de chômeurs s'explique en partie par une hausse de l'inactivité : de nombreuses personnes ont tout simplement cessé de chercher un emploi et sortent donc des statistiques du chômage. En mai, le taux d'inactivité a atteint 33,6 % de la population, avec 59 000 inactifs supplémentaires parmi les 15-64 ans, soit une progression de 0,5 %. Un demandeur d'emploi découragé qui renonce à ses recherches fait mécaniquement baisser le taux de chômage sans pour autant occuper un poste.
À ces réserves s'ajoutent des faiblesses de fond bien connues de la péninsule : un fort déséquilibre entre le Nord industriel et un Sud à la traîne, une natalité en berne et un vieillissement démographique qui réduisent mécaniquement la population active. Certains observateurs rappellent que la diminution du nombre de demandeurs d'emploi tient aussi, pour partie, à ce recul de la démographie plutôt qu'à une création nette d'emplois durables. Le débat sur la solidité de cette embellie reste donc largement ouvert.
Pour le gouvernement Meloni, ce nouveau record constitue néanmoins un puissant argument politique à mi-mandat, à l'heure où l'Italie cherche à conforter sa crédibilité budgétaire auprès de Bruxelles et des marchés. Reste à savoir si la troisième économie de la zone euro parviendra à transformer cette éclaircie statistique en amélioration durable du niveau de vie, dans un contexte de croissance atone et de pression persistante sur les salaires réels.