Maroc : la santé fragile du roi relance la course à sa succession
Selon plusieurs témoignages recueillis par la presse internationale, les personnes ayant récemment rencontré le roi Mohammed VI décrivent un homme visiblement affaibli. À l'approche d'une succession que beaucoup jugent désormais imminente, les services de sécurité marocains se repositionnent discrètement, tandis que le prince héritier Moulay Hassan occupe une place de plus en plus visible dans la vie institutionnelle du royaume.
Le souverain de 63 ans, au pouvoir depuis 1999, cultive depuis des années une discrétion presque totale sur son état de santé. Le palais royal n'a jamais confirmé officiellement le diagnostic de sarcoïdose, une maladie inflammatoire du système immunitaire, évoqué depuis 2023 par plusieurs médias français dont CNEWS. Le journaliste Thierry Oberlé affirmait en janvier 2026 que « le roi est malade depuis de nombreuses années », évoquant des problèmes pulmonaires sérieux, alors que le palais avait officiellement invoqué des douleurs dorsales pour justifier son absence à la cérémonie d'ouverture de la Coupe d'Afrique des nations.
Cette absence, largement commentée à l'époque, n'est pas un cas isolé. Mediaterranee s'était déjà interrogé sur cette question dans un article intitulé « Maroc : Où est passé Mohammed VI ? ». Le monarque passe une grande partie de l'année à l'étranger — entre Abou Dhabi, Le Caire, Dubaï et Paris — d'où il continue, selon plusieurs sources marocaines et étrangères, de gouverner à distance. Il n'a jamais accordé d'interview télévisée depuis son intronisation, un silence qui alimente depuis longtemps interrogations et rumeurs, comme le rappelle un autre article de Mediaterranee, « Dix ans après, le mystère Mohammed VI reste entier ».
Un prince héritier de plus en plus exposé
Face à cette raréfaction des apparitions royales, le palais mise ouvertement sur la relève. Le 2 mai 2026, Mohammed VI a nommé son fils Moulay Hassan, alors âgé de 22 ans, coordinateur des bureaux et services de l'état-major général des Forces armées royales — une fonction que le roi occupait lui-même depuis 1985, selon les informations rapportées par Afrik Soir. Cette nomination place le jeune prince au contact direct des plus hauts gradés de l'armée et des dossiers sécuritaires les plus sensibles du royaume, une étape jugée classique dans la préparation des souverains marocains, déjà observée sous Mohammed V et Hassan II.
Depuis, le prince héritier multiplie les représentations officielles à la place de son père. Il avait déjà ouvert la Coupe d'Afrique des nations et assisté à plusieurs matchs début 2026, une mise en avant qui, selon des analyses reprises par la presse régionale, vise à installer son image de « visage moderne » de la monarchie auprès d'une jeunesse marocaine largement connectée. Un reportage de la RTS, publié en 2026, décrit un souverain « absent » qui continue néanmoins de façonner les grandes orientations du pays, notamment en matière d'infrastructures, de diplomatie et de reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara occidental.
Les services de sécurité se positionnent
Cette perspective d'une transition, même non officialisée par le Palais, a ravivé une rivalité ancienne mais de plus en plus visible entre les grands services de sécurité marocains. D'un côté, la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le renseignement extérieur dirigé par Yassine Mansouri, proche du roi depuis leurs années de scolarité communes au Collège royal. De l'autre, l'ensemble formé par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), toutes deux sous l'autorité d'Abdellatif Hammouchi, dont l'influence n'a cessé de croître ces dernières années.
Selon une enquête publiée par Maghreb Online en septembre 2025, ces deux pôles sécuritaires seraient engagés dans une compétition d'influence larvée à l'approche de la succession, chacun cherchant à consolider ses positions auprès du futur souverain. Le même média évoque un troisième pôle d'influence, constitué des conseillers historiques du roi, au premier rang desquels figurent Fouad Ali El Himma, éminence grise du Palais, et Mohamed Mounir El Majidi, secrétaire particulier du souverain et gestionnaire de ses intérêts privés.
« Hammouchi a gagné du terrain face à son rival Yassine Mansouri », notent plusieurs de ces analyses, tout en soulignant l'incertitude qui entoure le maintien de cette position en cas d'accession au trône du prince Moulay Hassan. Certains observateurs vont jusqu'à évoquer un possible scénario de disgrâce pour le tout-puissant chef de la DGST, sur le modèle de la chute de l'ancien ministre de l'Intérieur Driss Basri après la mort de Hassan II en 1999 — une comparaison qui, si elle reste spéculative, illustre l'ampleur des enjeux de pouvoir en jeu à Rabat.
D'autres voix rappellent toutefois la prudence qui s'impose sur ce dossier. Le palais royal n'a jamais confirmé publiquement l'existence de ces rivalités entre services, et aucune source officielle marocaine n'a évoqué de calendrier de succession. Un rapport du site Atalayar, publié en janvier 2026, rapportait au contraire des propos se voulant rassurants de l'entourage royal sur l'état de santé du monarque. L'hebdomadaire britannique The Economist a également consacré, le 15 septembre 2026, un article à ce climat d'incertitude entourant le pouvoir marocain ; son contenu intégral reste toutefois inaccessible derrière un abonnement payant, ce qui empêche d'en vérifier ici le détail complet.
Reste que la trajectoire est nette : un roi de moins en moins visible, un héritier de plus en plus institutionnalisé, et des services de sécurité qui, en coulisses, ajustent déjà leurs positions. Pour l'heure, aucune annonce officielle n'est venue de Rabat, et le silence du Palais continue, comme souvent depuis 1999, à tenir lieu de communication officielle.