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Benjamin Stora : « Des membres de l'OAS sont aujourd'hui au pouvoir en France »

L'historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d'Algérie, a livré une analyse percutante sur les tensions franco-algériennes actuelles. Selon lui, « les enfants de l'OAS » ont accédé aux plus hautes responsabilités politiques en France, incarnant une revanche historique de l'extrême droite hostile à l'indépendance algérienne.

Dans plusieurs interventions récentes, notamment lors d'un hommage rendu à Hocine Aït Ahmed à Alger, Benjamin Stora a pointé du doigt ce qu'il considère comme une mutation profonde du paysage politique français. « Aujourd'hui en France, c'est plutôt l'extrême droite qui est à l'offensive », affirme l'historien, soulignant que cette mouvance est « résolument opposée à toute concession envers l'Algérie ».

L'analyse de Stora est sans ambiguïté : les héritiers idéologiques et parfois biologiques de l'Organisation de l'armée secrète (OAS), ce mouvement terroriste créé en 1961 pour empêcher l'indépendance algérienne, occupent désormais des postes clés dans l'appareil d'État français. L'historien cite notamment le cas emblématique de Philippe Tabarot, actuel ministre des Transports dans le gouvernement Bayrou.

Philippe Tabarot, fils d'un chef de l'OAS

Philippe Tabarot n'est pas un cas isolé, mais sans doute le plus symbolique. Son père, Robert Tabarot (1928-2015), fut l'un des fondateurs et dirigeants de l'OAS à Oran. Bras droit du général Jouhaud, l'une des quatre têtes du putsch d'Alger d'avril 1961, Robert Tabarot était responsable du bureau des contacts politiques de l'organisation clandestine. Condamné à mort par contumace, il s'exila en Espagne franquiste après l'indépendance avant de bénéficier de l'amnistie de 1968.

En octobre 2025, le ministre a suscité une vive polémique en déclarant sur CNews que la France n'avait « pas à s'excuser du passé, ni du présent » concernant la colonisation. Sa sœur, Michèle Tabarot, députée des Alpes-Maritimes depuis 2002, assume ouvertement cet héritage : « Je revendique, j'assume mon héritage familial, c'est mon ADN », a-t-elle déclaré.

Benjamin Stora élargit son analyse à d'autres figures politiques. Il mentionne Robert Ménard, maire de Béziers, né à Oran en 1953 dans une famille dont le père, d'abord syndicaliste communiste, rejoignit l'OAS à la fin de la guerre. Louis Aliot, maire RN de Perpignan depuis 2020, est quant à lui issu d'une famille pied-noir d'origine juive algérienne.

Une extrême droite qui a « absorbé » la droite traditionnelle

Le constat le plus préoccupant de l'historien concerne la métamorphose du paysage politique français. Les partis de droite traditionnelle, héritiers du gaullisme qui avait acté l'indépendance algérienne, ont été selon lui « littéralement absorbés » par cette extrême droite historiquement ancrée dans le camp de l'Algérie française.

« Ils ne veulent pas reconnaître l'histoire de l'indépendance de l'Algérie », martèle Stora. « C'est le grand problème. Il faut qu'ils l'acceptent. Il faut accepter l'histoire accomplie. » L'historien rappelle que l'extrême droite française est « faite des héritiers de Vichy et de l'OAS en grande partie » et qu'elle n'a jamais accepté l'issue de 1962.

Face aux avancées mémorielles initiées par Emmanuel Macron, Stora exprime ses craintes. « Si aujourd'hui ou demain, l'extrême droite arrive au pouvoir, elle va détricoter l'ensemble de ces mesures qui étaient un démarrage », prédit-il. Son rapport de 2021 sur la réconciliation mémorielle lui a valu une pétition de députés LR et RN réclamant qu'on lui retire la Légion d'honneur, ainsi que de nombreuses menaces.

Pour Stora, la crise actuelle entre Paris et Alger, « la plus grave depuis l'indépendance », s'inscrit dans ce contexte de résurgence d'une idéologie que l'on croyait marginalisée. « En France, il y a un réveil d'une extrême droite qui fait de l'Algérien son ennemi », conclut l'historien, appelant à des gestes concrets, notamment sur la restitution des biens culturels, pour sortir de l'impasse.

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