Kevin Warsh, le financier de Wall Street qui fait trembler les marchés de l'or
La nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale américaine par Donald Trump a provoqué un séisme sur les marchés des métaux précieux. Mais qui est cet homme de 55 ans, ancien de Wall Street et gendre d'une des familles les plus riches d'Amérique, dont l'annonce a suffi à faire chuter l'or de plus de 11 % ?
Le 30 janvier dernier, Donald Trump a officiellement désigné Kevin Warsh pour succéder à Jerome Powell à la tête de la banque centrale la plus puissante du monde. Une nomination qui, contrairement à ce que l'on pourrait penser, a été saluée par les marchés financiers comme un gage de stabilité et d'indépendance. Résultat paradoxal : l'or, valeur refuge par excellence, a connu sa plus forte chute journalière depuis 2013.
Né le 13 avril 1970 à Albany, dans l'État de New York, Kevin Maxwell Warsh a grandi dans la banlieue de Loudonville. Diplômé de Stanford en politique publique puis de la prestigieuse Harvard Law School, il entame sa carrière chez Morgan Stanley en 1995. Pendant sept ans, il évolue dans le département des fusions-acquisitions, gravissant les échelons jusqu'au poste de vice-président.
De la Maison Blanche à la Fed
En 2002, sa trajectoire prend un tournant politique. Il rejoint l'administration de George W. Bush comme assistant spécial pour la politique économique au sein du Conseil économique national. Quatre ans plus tard, le président le nomme gouverneur de la Réserve fédérale. À 35 ans, il devient alors le plus jeune membre du conseil des gouverneurs de l'histoire de la Fed.
C'est durant la crise financière de 2008 que Warsh forge sa réputation. Agent de liaison entre la Fed et Wall Street, il travaille étroitement avec le président de l'époque, Ben Bernanke, qui le décrit dans ses mémoires comme "l'un de mes conseillers et confidents les plus proches". Il tente notamment d'orchestrer des fusions entre Citigroup et Goldman Sachs, sans succès.
Partisan d'une politique monétaire orthodoxe, Warsh quitte la Fed en mars 2011, bien avant la fin de son mandat. Il s'oppose alors publiquement au programme d'assouplissement quantitatif de 600 milliards de dollars, qu'il juge inflationniste. Depuis, il enseigne à la Stanford Graduate School of Business et travaille comme chercheur à la Hoover Institution, un think tank conservateur.
Un mariage dans l'empire Estée Lauder
Au-delà de ses compétences financières, Kevin Warsh est également connu pour son mariage avec Jane Lauder, petite-fille de la légendaire fondatrice du groupe cosmétique Estée Lauder. La fortune de la famille Lauder est estimée à près de 26 milliards de dollars par Forbes. Jane elle-même pèse 2,64 milliards de dollars et siège au conseil d'administration du groupe familial depuis 2009.
Cette connexion avec l'une des dynasties les plus influentes d'Amérique n'est pas anodine. Le beau-père de Warsh, Ronald Lauder, ancien ambassadeur des États-Unis en Autriche sous Ronald Reagan et actuel président du Congrès juif mondial, aurait été l'un des premiers à suggérer à Trump l'idée d'acheter le Groenland.
Pourquoi sa nomination a-t-elle fait plonger l'or ? Les analystes pointent son image de "faucon" sur l'inflation et sa volonté de réduire le bilan de la Fed. "Kevin Warsh est exactement ce que les marchés espéraient : une main ferme, bien connue dans les cercles financiers, qui devrait maintenir l'indépendance de la banque centrale", résume Richard Saperstein, directeur des investissements chez Treasury Partners. Un retour à l'orthodoxie monétaire qui rend moins attrayantes les valeurs refuges comme l'or, dont le cours avait doublé en douze mois avant cette correction brutale.