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Pétrole : les cours s'envolent face à la menace d'une frappe américaine sur l'Iran

Les marchés pétroliers sont en ébullition. Le baril de Brent a franchi le seuil des 72 dollars, son plus haut niveau depuis six mois, tandis que le WTI américain flirte avec les 67 dollars. En cause : la menace croissante d'une intervention militaire américaine contre l'Iran, dans un contexte d'échec des négociations sur le nucléaire. Une escalade qui fait trembler les marchés et ravive le spectre d'un choc pétrolier mondial.

La flambée est spectaculaire. En l'espace de deux jours, les cours du brut ont bondi de plus de 7 %, enregistrant mercredi 19 février leur plus forte hausse journalière depuis octobre dernier. Le Brent s'est établi à 71,66 dollars le baril en clôture, avant de toucher 72,09 dollars jeudi matin. Le WTI a suivi la même trajectoire, grimpant à 66,78 dollars. Sur la semaine, le gain dépasse déjà les 6 %.

L'étincelle est venue de la Maison-Blanche. Le président Donald Trump a déclaré se donner « dix jours » pour décider si un accord avec Téhéran était encore possible, avertissant que dans le cas contraire, « de très mauvaises choses » se produiraient. Sa porte-parole, Karoline Leavitt, a enfoncé le clou en affirmant qu'il existait « de nombreuses raisons en faveur d'une frappe contre l'Iran ».

Un déploiement militaire massif dans le Golfe

Les mots s'accompagnent d'actes. Les États-Unis ont déployé dans la région une force de frappe d'une ampleur inédite depuis l'invasion de l'Irak en 2003. Le porte-avions USS Abraham Lincoln est déjà sur zone, et un second bâtiment, l'USS Gerald Ford, fait route vers le Golfe persique. Des dizaines de milliers de soldats américains sont stationnés dans les bases militaires entourant l'Iran. En réponse, les Gardiens de la Révolution iraniens ont mené des exercices militaires dans le détroit d'Ormuz, ce passage stratégique par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole.

C'est précisément ce verrou géographique qui inquiète les marchés. Large de seulement 34 kilomètres, le détroit d'Ormuz voit passer chaque jour entre 19 et 20 millions de barils de brut et de produits raffinés. Un blocage, même temporaire, aurait des conséquences dévastatrices. « Une perturbation prolongée du détroit d'Ormuz enverrait le pétrole au-dessus de 100 dollars », a prévenu Rob Thummel, gestionnaire de portefeuille chez Tortoise Capital, cité par CNN.

Les scénarios les plus sombres évoquent un baril à 130 dollars si Téhéran décidait de viser les infrastructures pétrolières des pays voisins du Golfe. Un tel choc se répercuterait immédiatement sur les prix à la pompe. Aux États-Unis, le gallon d'essence est déjà remonté à 2,92 dollars en moyenne, contre 2,80 dollars il y a un mois. À 80 dollars le baril, il repasserait au-dessus des 3 dollars.

Une fenêtre diplomatique de plus en plus étroite

La diplomatie n'a pas encore dit son dernier mot, mais les signaux sont préoccupants. Après une deuxième session de pourparlers indirects en Suisse, le vice-président JD Vance a reconnu que des « divergences persistaient sur les lignes rouges américaines ». De son côté, Téhéran a adressé une lettre au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dans laquelle l'Iran promet de « répondre de manière décisive » en cas d'agression militaire. Les marchés de prédiction, comme Kalshi et Polymarket, attribuent désormais une probabilité de 70 % à une intervention armée.

Les analystes intègrent d'ores et déjà une prime de risque géopolitique estimée entre 7 et 10 dollars par baril. Chez Barclays, on tempère toutefois l'affolement : toute frappe serait probablement « limitée dans le temps et ciblée », et l'administration Trump, à un an des élections de mi-mandat, ne pourrait tolérer une hausse prolongée des prix de l'énergie.

D'autres facteurs soutiennent la hausse. Les réserves commerciales américaines ont reculé de 9 millions de barils la semaine achevée le 13 février, alors que les analystes tablaient sur une augmentation de 1,6 million de barils. Cette contraction inattendue renforce la tension sur un marché déjà nerveux. L'or, autre valeur refuge, a franchi le cap symbolique des 5 000 dollars l'once.

La situation reste volatile. Si les fondamentaux du marché pétrolier demeurent excédentaires — l'Agence internationale de l'énergie rappelle que les stocks mondiaux ont augmenté de 477 millions de barils en 2025 —, la géopolitique a repris le dessus. Le monde retient son souffle, suspendu à la décision d'un seul homme dans le Bureau ovale.

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