Mort d'Epstein en prison : son frère Mark dénonce un assassinat orchestré
Six ans après la mort de Jeffrey Epstein dans sa cellule new-yorkaise, son frère Mark refuse de croire au suicide. Dans une interview exceptionnelle accordée à « Complément d'enquête » sur France 2, il affirme que le financier américain a été assassiné parce qu'il « connaissait des secrets sur des gens puissants ». Un célèbre médecin légiste américain appuie cette thèse avec des conclusions qui contredisent la version officielle.
Le 10 août 2019, Jeffrey Epstein est retrouvé mort dans sa cellule du Metropolitan Correctional Center de Manhattan. Trente-six jours après son arrestation pour de nouvelles accusations de trafic sexuel sur mineures, le milliardaire aurait mis fin à ses jours en se pendant avec un drap. C'est du moins la conclusion officielle du bureau du médecin légiste de New York, prononcée cinq jours après l'autopsie.
Mais pour Mark Epstein, unique héritier du financier, cette version ne tient pas. « Il a été tué, j'en suis sûr. Ça aurait été plus facile pour moi s'il s'agissait d'un suicide. Mais ce n'est pas le cas », confie-t-il face caméra, le visage dissimulé par crainte de représailles. L'homme dit avoir reçu des menaces de mort visant ses propres enfants depuis le décès de son frère.
Pour étayer sa conviction, Mark Epstein a fait appel au docteur Michael Baden, l'un des médecins légistes les plus réputés des États-Unis. Ce praticien, qui revendique plus de 20 000 autopsies et a été mandaté dans les affaires Kennedy et George Floyd, a assisté à l'examen post-mortem de Jeffrey Epstein. Ses observations contredisent frontalement la thèse officielle.
Trois fractures incompatibles avec une pendaison, selon l'expert
« Sur le cou de Jeffrey Epstein, on a trouvé trois fractures des os qui ne surviennent pas quand on se pend », explique le docteur Baden. Selon lui, lors d'une pendaison, la pression s'exerce principalement sous le menton, sans provoquer de fractures au milieu du cou. « Si c'est un meurtre par strangulation avec les mains, un lien ou un drap, alors les fractures sont plutôt au milieu du cou. Comme dans le cas de Jeffrey Epstein », poursuit-il.
Le légiste affirme n'avoir « jamais observé trois fractures dans un cas de pendaison par suicide » au cours de cinquante années d'expertise et plus d'un millier de pendaisons examinées dans les prisons de New York. Il relève également une marque de ligature suspecte : « Un drap ne laisse pas ce genre de trace. C'est trop mou. Il s'agit d'autre chose, comme une fine corde. »
Fait troublant : sur le certificat de décès rédigé après l'autopsie, la docteure Kristin Roman, médecin légiste en charge de l'examen, avait inscrit « en attente de plus amples informations » à la ligne cause du décès. Cinq jours plus tard, sa supérieure hiérarchique, Barbara Sampson, directrice du bureau de la médecine légale de New York, a publié un communiqué affirmant sans ambiguïté que la mort résultait d'un suicide. Selon le docteur Baden, Barbara Sampson n'a même pas vu le corps.
Des dysfonctionnements en série la nuit du décès
Au-delà des conclusions médico-légales, un professeur de criminologie américain a épluché plus de 8 000 pages de documents officiels du centre pénitentiaire. Ses découvertes révèlent une accumulation d'anomalies la nuit du 9 au 10 août 2019. Les caméras de surveillance de l'étage d'Epstein et de nombreux autres étages de cet établissement de haute sécurité ne fonctionnaient pas. Seule la caméra filmant les gardiens enregistrait correctement, montrant ces derniers endormis à leur poste.
Les deux agents pénitentiaires chargés de la surveillance, Michael Thomas et Tova Noel, avaient pour consigne de vérifier la cellule d'Epstein toutes les trente minutes. Leur carnet de rondes consigne des passages réguliers entre minuit et 6 h 30. Mais face aux enquêteurs, ils ont reconnu avoir tout falsifié. Selon le rapport du ministère de la Justice, « Noel et Thomas ont tous deux admis n'avoir effectué aucune des rondes le 10 août 2019 » avant la découverte du corps vers 6 h 30.
Un autre détail intrigue les enquêteurs : le registre des détenus indique « 73 + 1 » prisonniers à 22 heures le soir du décès, alors que l'aile ne comptait officiellement que 73 détenus. Ce chiffre est corrigé à 3 heures du matin sans explication. Le ministère de la Justice évoque un « comptage fantôme », signifiant qu'aucune vérification physique n'a été effectuée conformément à la procédure.
La publication en janvier 2026 des « Epstein Files » par le département de la Justice américain a relancé ces interrogations. Des vidéos de surveillance récemment déclassifiées montrent une silhouette de couleur orange se déplaçant dans un escalier menant vers l'étage isolé où se trouvait la cellule d'Epstein, le soir du 9 août 2019. Les autorités n'ont jamais mentionné cette présence dans leurs rapports officiels. Par ailleurs, environ trois minutes d'images sont manquantes dans les enregistrements, malgré l'affirmation du FBI qu'il s'agissait de séquences brutes et non modifiées.
Interrogée par les journalistes de « Complément d'enquête » devant son domicile, Barbara Sampson a refusé de répondre à toute question avant d'appeler la sécurité. « Je ne vous dirai rien de plus que ce qui a été dit », a-t-elle lâché. Les deux gardiens, quant à eux, ont échappé à la prison grâce à un accord secret avec le procureur. Selon un sondage Rasmussen, seuls 29 % des Américains croient à la thèse du suicide. La question demeure : que s'est-il réellement passé dans cette cellule du MCC de Manhattan ?
Source : « Complément d'enquête », France 2.
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