Iran : la guerre occidentale de trop pour l'empire américain ?
Lancée le 28 février 2026, l'offensive militaire conjointe américano-israélienne contre l'Iran devait être une démonstration de force écrasante. Dix jours plus tard, le scénario semble bien différent : Téhéran résiste, la base MAGA se fracture, et les monarchies du Golfe menacent de rompre avec Washington. Cette guerre pourrait-elle précipiter le déclin de l'hégémonie américaine au Moyen-Orient ?
Les États-Unis avaient l'habitude d'agresser des nations affaiblies ou moribondes. L'Irak de Saddam Hussein, l'Afghanistan des talibans, la Libye de Kadhafi. Avec l'Iran, Washington et Tel-Aviv sont tombés sur un adversaire d'une tout autre trempe. « Le Pentagone avait averti l'administration Trump qu'il n'était pas forcément opportun de lancer des frappes sur l'Iran dans le contexte actuel », rappelle Marc Gabriel Dragy, juriste spécialisé en histoire du droit et en sciences politiques, dans une analyse vidéo consacrée au conflit.
L'expert souligne un fait troublant : « Cette opération est la volonté première de l'entité Israël. Les États-Unis ont été forcés et contraints de mener cette guerre, et chaque jour qui passe confirme que cette opération était une grave erreur pour l'empire américain. »
Une non-stratégie aux conséquences désastreuses
D'un point de vue strictement militaire, l'approche américano-israélienne pose question. « Le fait de frapper un pays avec des bombardements et des porte-avions, ça n'a jamais permis de gagner une guerre. Aucun pays n'a jamais gagné une guerre en envoyant des missiles sans intervenir au sol », analyse Marc Gabriel Dragy. Le parallèle avec le Vietnam s'impose : en 1965, le général Curtis LeMay promettait de bombarder le Nord-Vietnam « jusqu'à l'âge de pierre ». Après huit millions de tonnes de bombes larguées, les Américains ont pourtant perdu la guerre.
La mort de l'ayatollah Ali Khamenei lors des premières frappes devait déclencher un soulèvement populaire contre le régime. C'est l'inverse qui s'est produit. La population iranienne s'est ressoudée autour de ses dirigeants, et le guide suprême est devenu un martyr dans la symbolique chiite. « Ça a même renforcé l'État iranien », constate l'expert. Le 8 mars, Mojtaba Khamenei a été désigné comme nouveau guide suprême, dans ce qui constitue une première succession héréditaire depuis 1979.
Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, a contredit la version de la Maison-Blanche en affirmant que Téhéran n'avait jamais demandé de cessez-le-feu. Les officiels iraniens se disent prêts à tenir au minimum six mois dans les conditions actuelles du conflit.
Les monarchies du Golfe au bord de la rupture
La riposte iranienne a changé la donne régionale. Des missiles et drones ont frappé les bases américaines au Koweït, au Qatar, à Bahreïn et aux Émirats arabes unis. Selon le Financial Times du 5 mars, l'Arabie saoudite, les Émirats, le Koweït et le Qatar ont engagé un examen de leurs engagements financiers envers les États-Unis, totalisant plus de 2 000 milliards de dollars d'actifs.
Ces monarchies pétrolières, qui n'avaient pas été consultées avant l'offensive, refusent que leurs infrastructures – pétrole, tourisme, aviation – deviennent des champs de bataille. Elles supplient désormais leurs partenaires occidentaux d'influencer Trump pour mettre fin aux opérations.
Aux États-Unis même, la fracture est profonde. Des figures emblématiques du mouvement MAGA comme Tucker Carlson, Megyn Kelly et l'ex-représentante Marjorie Taylor Greene dénoncent une trahison des principes « America First ». Selon un sondage NBC News, si 90 % des républicains MAGA soutiennent les frappes, 54 % des électeurs américains désapprouvent la gestion du conflit par Trump.
« 75 à 80 % de la population américaine et même plus de la moitié du camp républicain sont contre cette guerre qui contredit toutes les promesses qu'avait faites Donald Trump durant sa campagne », rappelle Marc Gabriel Dragy. Le coût financier s'alourdit : selon le Center for Strategic and International Studies, les cent premières heures du conflit ont coûté 3,7 milliards de dollars aux contribuables américains.
Pendant ce temps, les États-Unis rapatrient déjà des batteries d'intercepteurs d'Ukraine vers le Moyen-Orient. Un signe que la puissance américaine, écartelée entre plusieurs fronts, pourrait avoir sous-estimé sa capacité à mener cette guerre. L'Histoire retiendra peut-être que l'Iran aura été la guerre de trop pour l'empire américain.