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Sanctions contre l'Algérie : pourquoi Washington a reculé face à Tebboune

Alors que Washington brandissait la menace de sanctions au titre de la loi CAATSA après l'acquisition par Alger de chasseurs furtifs russes Su-57E, l'administration Trump a finalement reculé à la dernière minute. Un revirement qui illustre le dilemme américain face à un partenaire stratégique aussi indispensable qu'insoumis.

Le dossier algérien a resurgi avec force au cœur des débats du Congrès américain ces dernières semaines. Le 3 février, Robert Palladino, responsable du Bureau des Affaires du Proche-Orient au département d'État, a évoqué devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères la possibilité d'appliquer des sanctions contre l'Algérie. En cause : l'acquisition confirmée de chasseurs furtifs Su-57E et de bombardiers Su-34 auprès de la Russie, faisant d'Alger le tout premier client étranger de l'appareil de cinquième génération russe. Les premiers appareils aux couleurs algériennes ont d'ores et déjà été photographiés.

« Les transactions comme celles que vous décrivez pourraient déclencher une telle détermination », a déclaré Palladino en référence à la loi CAATSA, adoptée en 2017 pour punir les pays concluant d'importants contrats d'armement avec Moscou. Cette même législation avait conduit à l'exclusion de la Turquie du programme F-35 après l'achat de systèmes de défense aérienne S-400 russes, sans que Washington ne rembourse les 1,4 milliard de dollars investis par Ankara.

Un recul calculé face à la réalité géopolitique

Pourtant, malgré cette escalade verbale, aucune sanction concrète n'a été annoncée. Ce retrait n'est ni un signe de faiblesse ni une concession gratuite, mais le résultat d'une prise de conscience de la complexité du dossier algérien. Washington se trouve face à un véritable dilemme : comment sanctionner un pays dont l'armement est composé à 70-80 % de matériel russe, tout en préservant un partenaire sécuritaire jugé irremplaçable dans la lutte antiterroriste au Sahel et en Afrique du Nord ?

De l'aveu même de responsables américains, l'Algérie joue un rôle central dans les équilibres régionaux. Plusieurs membres du Congrès ont salué la contribution d'Alger à la stabilité et à la prévention de l'expansion des groupes armés, reconnaissant que des sanctions sévères risqueraient de produire l'effet inverse, en poussant l'Algérie à renforcer ses liens avec Moscou et Pékin.

L'expérience passée confirme cette prudence. Les cas de la Turquie et de l'Inde ont montré que la politique de coercition ne produit pas toujours les résultats escomptés. Le facteur énergétique pèse également : l'Algérie, devenue fournisseur clé de gaz pour l'Europe en remplacement partiel des hydrocarbures russes, constitue un maillon que Washington ne peut fragiliser sans mécontenter ses propres alliés européens.

La doctrine Tebboune : fermeté et non-alignement

Face aux pressions, le président Abdelmadjid Tebboune a maintenu une position constante. « L'Algérie entretient de bonnes relations avec la Russie, les États-Unis, la Chine et l'Europe, mais refuse d'être utilisée contre quelque partie que ce soit », a-t-il réaffirmé à plusieurs reprises. Cette posture de non-alignement, qualifiée à Washington de « pragmatique mais ferme », est précisément ce qui a conduit l'administration américaine à privilégier la retenue.

Plutôt que le bâton, Washington a opté pour la stratégie de la carotte. Ces derniers mois, des délégations économiques américaines se sont succédé en Algérie dans les secteurs de l'énergie, de la technologie et de certaines industries de défense non offensive. Le message est limpide : concurrencer Moscou et Pékin sur le terrain algérien plutôt que de pousser Alger davantage dans leurs bras. En janvier 2025, les deux pays avaient d'ailleurs signé un protocole de coopération militaire qualifié d'historique.

Palladino lui-même a insisté sur le fait que toute discussion concernant l'Algérie devait se dérouler par des canaux diplomatiques confidentiels. L'Algérie, qui a alloué près de 24,7 milliards de dollars à la défense pour 2026, n'est pas un acteur sur lequel on peut exercer une pression facile.

Le dossier reste donc ouvert. Washington avance avec prudence, Alger répond avec constance, dans un jeu d'équilibre dont la règle demeure claire : pas de sanctions pour l'instant, pas de concessions non plus. Un dialogue discret et une pression mesurée au service d'un partenariat que les deux parties cherchent à préserver, malgré des contradictions de plus en plus visibles dans un ordre international en pleine recomposition.

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